LIVRE XIX. — LA RÉVOLUTION DE
d'être rentré dans le calme. L'émotion de la bataille durait encore. Les insurgés gardaient leurs armes; ils craignaient un retour ofFensif des troupes ; ils avaient barricadé les routes autour de la ville.
D'Argout était retourné à Saint-Cloud avec VitroIIes pour presser la venue de Mortemart à Paris. Celui-ci attendait les instructions du Roi. II fallut réveiller Charles X pour qu'il les remit ; ce qu'il ne fit pas sans résistance. Il lui en coûtait surtout de laisser créer un commandement de la garde nationale. Enfin, dès que le jour parut, Mortemart se rendit à Paris, où sa voiture eut peine à entrer. Il vit d'abord le député Bérard, qui lui apprit qu'une séance aurait lieu au Palais-Bourbon. Comme une vingtaine de pairs se réunissaient au Luxembourg, il s'y rendit et y lut les actes du Roi. On lui donna l'avis de les envoyer par un message à la Chambre des députés, et ce fut un pair, de Sussy, qui se chargea de cette mission. Les membres présents de la Chambre haute accueillirent le retrait des ordonnances et la formation du ministère nouveau avec satisfaction, mais avec tristesse et réserve , sentant qu'ils n'étaient pas maîtres des événements. Mortemart ne put faire parvenir les ordres du Roi à Casimir Périer ni au général Gérard. Il s'acquittait de sa mission pour décharger sa conscience, de plus en plus convaincu qu'elle ne pouvait aboutir.
Lorsque de Sussy arriva au Palais-Bourbon, les députés étaient très-émus. Une foule inquiète et menaçante les entourait. On entendait crier partout : Vive la Charte et Vive la liberté ! On attendait, disait-on, la venue des Rouennais, prêts à aider leurs frères de
Paris. L'avis général était qu'il ne restait à choisir qu'entre la république et le duc d'Orléans.
Les carbonari avaient exprimé , dans une réunion à laquelle assistaient les principaux combattants de juillet, le vœu que la nation fut consultée ; ils circonvenaient la Fayette à l'Hôtel de ville par des députations répétées. Tout patriote s'intitulait son aide de camp. Des ordres d'arrestation étaient donnés à tort et à travers. Les républicains et les gens d'aventure s'entratnaientles uns et les autres. La Fayette était débordé. Un ancien ofBcier de l'empereur venait de faire coller une affiche en faveur de Napoléon IL Dans ce désordre, tout le monde sentait qu'il fallait se hâter, qu'on était déjà peu maître des événements, et qu'on cesserait tout à fiaiit de l'être si l'on attendait davantage. Talleyrand avait exprimé dès le matin l'avis qu'on nommât le duc d'Orléans commandant de Paris, ce qui eût sauvé la situation et permis de négocier.
Odilon Barrot, arrivant de l'Hôtel de ville, annonça à la Chambre que la Fayette jugeait nécessaire de déterminer, avant toute autre décision, les garanties qui seraient stipulées, afin de donner satisfaction à la population parisienne, qui n'était pas d'un avis unanime sur le choix des personnes.
Après que Sussy eut lu les ordonnances de Charles X à la tribune, le président l'engagea à se rendre à l'Hôtel de ville. Il y courut aussitôt. Les républicains qui entrouraient la Fayette l'accueillirent avec des menaces. La Fayette le reçut poliment, mais lui dit, en le chargeant d'un billet pour le duc de Mortemart : « Hier il eût été temps. Aujourd'hui il est trop tard. »