LIVRE XIX. — LA RÉVOLUTION DE
Les députés s'étaient décidés à nommer cinq commissaires pour s*entendre avec les pairs sur le message de Mortemart. Dupin les pressa d'agir sans attendre la réponse. « Paris, dit-il, est dans un état violent qui ne peut durer. Vous êtes sans gouvernement ; il en &ut un. » Lorsque les commissaires revinrent, Tun d^eux, Sébastiani, annonça que les dispositions des pairs étaient ftivorables à la lieutenance générale du duc d'Orléans. Peut-être était-ce forcer l'interprétation des sentiments exprimés par les pairs. Quoi qu'il en soit, il rédigea séance tenante avec Constant une invitation dans ce sens adressée au duc. Elle fut signée de quarante députés, et une commission de douze membres fut nommée pour la lui porter. Elle était ainsi conçue :
« La réunion des députés actuellement présents à Paris a pensé qu'il était urgent de prier S. A. R. Mgr le duc d'Orléans de se rendre dans la capitale pour y exercer les fonctions de lieutenant général du royaume, et de luj exprimer le vœu de conserver les couleurs nationales ; elle a de plus senti la nécessité de s'occuper sans relâche d'assurer à la France, dans la prochaine session des Chambres, toutes les garanties indispensables pour la pleine et entière exécution de la Charte. »
Thiers avait couru le matin à Neuilly. Il n'y avait trouvé que la duchesse et madame Adélaïde. Il représenta à ces princesses que la couronne était tombée de la tête de Charles X; qu'il fallait que le duc d'Orléans la relevât, et que c'était le seul parti à prendre s'il voulait rester en France et sauver la France de la république. Le duc était à sa maison du Raincy. On II. 31
lui dépécha plusieurs exprès. Il ne se décida à se rendre à Paris qu*à une heure fort avancée de la soirée. Le Palais-Royal où il arriva portait les traces des balles et de la guerre civile. Il fît chercher par un aide de camp le duc de Mortemart, qui se présenta le 31 à quatre heures du matin; il lui dit que la lieutenance générale lui était offerte pour sauver la France de la république, et il lui demanda si le Boi'reconnaitrait ce titre. Morte mart répondit au prince que comme ministre il devait protester ; que comme Français il jugeait ce parti le seul propre à mettre un frein à Tanarchie, et qu'il se chargeait de prier le Roi de l'investir des pouvoirs nécessaires.
Les journaux du 31 étaient déjà entrés en campagne. Le Constitutionnel et le Temps demandaient au plus tôt un pouvoir fortement constitué et une Charte non plus octroyée, mais résultant d'un contrat. D'autres, le National et le Globe, voulaient que le duc d'Orléans fût immédiatement proclamé roi. Le Globe disait : o Le trône est vacant. Toute transaction est impraticable, n II ajoutait que la république n'était pas jugée possible; qu'elle serait peut-être le gouvernement de l'avenir, mais qu'il fallait songer au présent et sans délai ; qu'on pouvait avoir une république déguisée sous une monarchie avec des formes représentatives. C'était alors le thème convenu. Bérard et B. Constant croyaient que la république perdrait la France, à l'intérieur et à l'extérieur. Bémusat combattait à l'Hôtel de ville les hésitations de la Fayette, en lui soutenant que s'il proclamait la république, il fallait qu'il en prît la présidence ; or, la Fayette s'y redisait.