LIVRE XIX. — LA RÉVOLUTION DE
et qu'il n'avait pas un instant à perdre. 11 partit aussitôt à cheval, suivi des députés et des huissiers de la Chambre; Laffitte, qui s'était foulé le pied la veille, se faisait porter en litière. Quelques officiers de la garde nationale en costume formaient une petite escorte. Le trajet fut lent et pénible h travers les barricades à peine renversées, au milieu de croupes d'hommes armés, les uns sympathiques, d'autres menaçants. Aux cris favorables il s'en mêlait d'autres, et surtout le cri : Â bas les Bourbons !
Le duc monta le perron de l'Hôtel de ville entre la Fayette et LafBtte, appuyé sur leurs bras. Viennet lui lut la proclamation des députés. La Fayette, après lui avoir donné l'accolade, le conduisit à une fenêtre et lui mit à la main le drapeau tricolore. Alors la foule, jusque-là hésitante, l'acclama. Mais il avait vu autour de lui des visages peu amis, et il avait entendu les menaces du général Dubourg.
Dans la soirée, quelques-uns des chefs républicains, au nombre desquels était Godefroy Cavaignac, se présentèrent au Palais-Royal. Le duc les reçut en présence de Thiers ; ils lui apportaient une sorte d'adhésion , mais pleine de réserves et presque menaçante. La Fayette y vint à son tour le lendemain, et il lui exposa sa prédilection pour les institutions des États-Unis. Le duc lui demanda s'il les croyait applicables à la France. « Non, répondit-il; mais il faut à la France un trône entouré d'institutions franchement républicaines. » Le duc déclara qu'il l'entendait ainsi, et que les lois nécessaires seraient l'œuvre de la Chambre. La Fayette retourna déclarer à son entourage que le
duc d'Orléans serait la meilleure des républiques. Chacun se mettait ainsi à Tabri, vis-à-vis des siens. Cet entretien constitua tout ce qu'on a plus tard appelé le programme de l'Hôtel de ville.
Le parti républicain n'abdiqua pas. Le l*' août, le journal la Tribune, que rédigeait Armand Marrast, demanda la République.
in. Les yeux de Charles X s'étaient dessillés pendant la journée du 30. On s'était convaincu à Saint-Cloud que les troupes réunies aux environs du château ne voulaient pas se battre. Raguse, cherchant à prévenir ou plutôt à arrêter les défections, leur adressa une proclamation pour leur annoncer qu'un accord se préparait à Paris. Le Dauphin s'emporta, voulut lui arracher son épée, et l'envoya aux arrêts. Charles X l'en fit sortir, et pour atténuer le mauvais efFet de cette scène violente, il exigea que le duc d'Ângoulême et le maréchal se réconciliasssent en sa présence.
Le 31, la sérénité du Roi avait fait place à l'inquiétude la plus vive ; il partit de bonne heure pour Trianon avec la duchesse de Berry. A Versailles, il vit que les troupes portaient déjà les trois couleurs. Il apprit que le Dauphin, voulant conduire les douze mille hommes qui gardaient le château de Saint-Cloud à la délEense du pont de Sèvres menacé, n'avait pu les entraîner, et qu'ils s'étaient débandés. Ne se jugeant pas en sûreté à Trianon, il congédia ses anciens ministres, et partit dans la soirée, sous la protection de l'escorte militaire du duc de Raguse, pour Rambouillet, où Ton prit aussitôt toutes les dispositions nécessaires à la défense.