‹ Histoire de la RestaurationChapitre 244 sur 256 · LIVRE XIX. — LA RÉVOLUTION DE · texte numérisé non relu

LIVRE XIX. — LA RÉVOLUTION DE

La duchesse d^ÂngouIéme, qui revenait des eaux de Vichy et qui avait pu noter à chaque étape du voyage les progrès de la révolution, rejoignit la famille royale le l*' août.

 Rambouillet, Charles X, de concert avec le Dauphin, abdiqua en faveur du duc de Bordeaux. Pour conserver le trône, il eût dû entreprendre une guerre civile qui n*ëtait plus possible ; mais Tabdication ellemême venait trop tard comme tous les actes précédents. Elle eût dû avoir lieu plus tôt, et non en &veur deHenri Vqui avaitneuf ans, mais du duc d'Angouléme. Si la longue sécurité du Roi fut inexplicable, il est plus difficile encore de comprendre la conduite du Dauphin, que ses antécédents et les qualités dont il avait feit preuve en Espagne semblaient appeler à un rôle plus énergique et plus personnel, et qu'une obéissance aveugle aux volontés de son père avait compromis et perdu avec lui.

Henri V ne pouvait être roi que de nom. Charles X, abdiquant en sa faveur, nomma le duc d'Orléans lieutenant général, et chargea le général Latour-Foissac de porter au prince Tacte par lequel il l'investissait de cette dignité. Latour-Foissac courut au Palais-Royal et y arriva accompagné de Mortemart, à onze heures du soir. Le duc communiqua Tacte à son conseil qui était près de lui en permanence, et qui fiit d'avisquece serait aux Chambres à prononcer. Conformément à cet avis, il répondit au Roi qu'il avait accepté des Chambres le titre de lieutenant général, et que c'était à elles qu'il appartenait de régler les conditions de son pouvoir. Il refusait de recevoir à Paris le duc de Bordeaux.

La royauté de Henri V et la régence du duc d'Orléans eussent été incontestablement la meilleure des solutions. Sémonville, d'Ârgout, Chateaubriand, Casimir Périer, Macdonald, Talleyrand, pensaient ainsi. Guii^ot a écrit plus tard: « La régence eût été la solution la plus constitutionnelle et la plus politique. » Une {jurande partie des hommes de 1830 se sont un jour ralliés à cette opinion. C'eût été réunir au lieu de diviser. C'eût été sbrtout conserver intact le principe de la légitimitéy et prévenir de graves complications pour Tavenir.

Mais une préoccupation dominait alors toutes les autres, celle de sortir d'une impasse terrible. Charles X agissait trop tard ; chacune de ses résolutions arrivait lorsqu'elle avait cessé d'être exécutable. A Rambouillet on sentait si bien la partie perdue qu'on se contenta de présenter le jeune prince aux troupes, sans permettre à la duchesse de Berry de se rendre à Paris comme elle le demandait. Charles X avait depuis plusieurs jours éloigné de lui ses conseillers. Il ne prenait aucun avis. Il renvoya même tous les pairs ou les députés royalistes qui se présentèrent à Rambouillet. Plus que jamais il demeurait isolé.

Le duc et la duchesse d'Orléans répondirent à Chateaubriand et aux autres partisans de la royauté de Henri V, qu'ils n'étaient pas en mesure de dominer les événements ; qu'ils n'avaient aucune force pour se défendre; qu'il fellait uniquement songer à se sauver de la république.

Par cette conduite le duc d'Orléans prenait une immense responsabilité devant l'histoire; mais dans l'état d'effervescence où étaient Paris et la France, il

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