‹ Histoire de la RestaurationChapitre 245 sur 256 · LIVRE XIX. — LA RÉVOLUTION DE · texte numérisé non relu

LIVRE XIX. — LA RÉVOLUTION DE

est certain que Henri V n*eût pu être proclamé sans guerre civile, car déjà la révolution était mattresse dans tous les départements, et le drapeau tricolore flottait partout. Ceux qui ont écrit plus tard qu'il eût fîallu consulter la France n'ont pas voulu voir que c'eût été perpétuer Tanarchie en l'aggravant, et ils ne savent pas ce que dans un pareil moment la France eût répondu.

La grande préoccupation du duc d'Orléans et de la Fayette était de prévenir un retour offensif des troupes qui se trouvaient hors de Paris. Non que ce danger fût réel. Le général Gérard venait de faire reconnaître son commandement- aux régiments qui arrivaient des camps de Saint-Omer et de Lunéville. Mais cette seule éventualité entretenait l'agitation parisienne. Le duc d'Orléans désigna le 2 descommis- .saires qu'il chargea d'aller trouver le Roi et de l'engager à s'éloigner de Rambouillet. Ces commissaires furent de Schonen , Jacqueminot, Odilon Barrot et le maréchal Maison; ils s'adjoignirent M. de Coigny, familier du Roi. Â dix heures du soir, ils étaient en présence de Charles X. Us eurent beaucoup de peine à se feire introduire. Le château était gardé par douze mille hommes et douze pièces de canon. Charles X fit d'abord une réponse très-ferme ; il déclara qu'il resterait, et que s'il s'éloignait, huit cent mille étrangers pourraient menacer la France.

Les Parisiens étaient convaincus que Charles X se préparait à rentrer à Paris. Les tètes s'échauffaient, et l'émeute grondait de nouveau. Odilon Barrot soutint qu'il fallait rester maître. du mouvement, et qu'on y

parviendrait en dirigeant la manifestation de manière à effrayer simplement Charles X. Une partie de la garde nationale fut convoquée. Une cohue de quelques milliers d'hommes en désordre fut mise sous le commandement du général Pajol et du colonel Guilleminot, qui la conduisirent à Trappes et Fy arrêtèrent. Les commissaires partirent les premiers et coururent à Rambouillet.

Dans la nouvelle entrevue qu'il leur accorda, Charles X montra encore une attitude digne et résolue ; mais il écouta le conseil du maréchal Maison, et il recula devant la guerre civile. D'ailleurs, autour de lui personne ni dans le palais ni dans l'armée ne voulait engager la lutte. La défection avait gagné les régi'ments de la garde. Avec la violence des sentiments publics qui éclataient partout, un combat, eût-il été possible, n'eût amené qu'une inutile effusion de sang. Le Roi comprit qu'il ne sauverait pas ainsi la couronne de son petit-fils. Il prit, non sans un effort pénible, la résolution de quitter la France. A dix heures du soir, il partit accompagné des commissaires, et il alla coucher à Maintenon.

IV. Le duc d'Orléans avait dû ordonner qu'on reprit la cocarde et le drapeau tricolore. Il avait renouvelé la convocation des Chambres pour leur ouverture fixée au 3 août. Il avait appelé Guizot à l'intérieur, Girod de TAin à la préfecture de police, et donné des ministères au maréchal Jourdan, à Bignon et Tupinier. Il avait proclamé une amnistie inévitable pour les délits politiques et les délits de px'esse.

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