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LIVRE XIX. — LA RÉVOLUTION DE

La Fayette, ayant de son côté accepté le titre de commandant des gardes nationales du royaume, les réorganisait partout. Les adhésions arrivaient au nouveau gouvernement. Mais en même temps les exigences se manifestaient. On réclamait partout des libertés, des garanties. Les journaux libéraux, ceux même qui soutenaient le duc d'Orléans, étaient de plus en plus violents. On avait Guillaume III; on voulait avoir le billdes droits.

Le 3 août, le duc, accompagné de deux de ses fils, se rendit à la séance d'ouverture de la législature et prit place sur un tabouret à côté du trône vacant. Deux cent quarante députés et soixante pairs étaient présents. Il y répéta ce qui faisait le fond de sa proclamation du 30 juillet. Il constata qu'il tenait son pouvoir des Chambres. Il protesta de son zèle pour rétablir l'empire des lois, sauver la liberté, assurer à jamais la Charte et désarmer les partis par le respect des droits de tous. Il annonça que la France serait heureuse et libre. Elle montrera, dit-il, à l'Europe qu'uniquement occupée de sa prospérité intérieure, elle chérit la paix aussi bien que les libertés, et ife veut que le bonheur et le repos de ses voisins. Après cette déclaration pacifique adressée à l'Europe, il annonça sans autre explication que l'acte d'abdication de Charles X et du Dauphin serait communiqué aux Chambres dès qu'elles se seraient constituées.

Ce discours ne répondit pas pleinement à l'attente des assistants. Une partie d'entre eux attendaient une explication au sujet du duc de Bordeaux; quelquesuns voulaient défendre ses droits, d'autres les écarter

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à tout prix. La foule était encore nombreuse autour .du palais, et si déjà le danger avaitdiminuéy les esprits continuaient d'être très-agités.

Quant à la révision de la Charte , on ne s'entendait pas sur la mesure dans laquelle elle devait avoir lieu. La révolution s'étant faite au nom de la Charte violée, il pouvait sembler suffisant de la conserver intégralement, he Journal des Débats réclamait ce maintien, et ne demandait que le changement de Tarticle 14, en contradiction avec les autres. Mais les libéraux voulaient davantage. Le Globe déclarait que la Chambre était véritablement constituante. Le Temps, non content de demander une Charte entièrement nouvelle, prétendait qu'elle fût soumise à l'acceptation des assemblées primaires. Les républicains soutenaient que la Chambre ne pouvait constituer sans recourir au pays. Ils voulaient qu'on abolit l'hérédité de la pairie, l'inamovibilité de la magistrature et d'autres institutions fondamentales. Les clubs délibéraient et exigeaient qu'on les écoutât.

Bérard rédigea un premier projet que Dupont de l'Eure appuya. Mais Icduc d'Orléans ainsi que Guizot et de Broglie le jugèrent trop radical ; ils le refondirent pendant que la Chambre employait les deux journées du 4 et du 5 à vérifier ses pouvoirs et à nommer son bureau.

Le projet refondu se modelait sur l'acte de 1688, qui avait appelé Guillaume 111 au trône d'Angleterre. Ses auteurs constataient que vu l'abdication de Charles X et du Dauphin, et le départ de tous les membres de la branche aînée, le trône était vacant;

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qu'il était urgent d'y pourvoir. Les changements qu'ils proposaient de faire à la Charte consistaient à supprimer l'article qui déclarait la religion catholique religion de l'État, en déclarant simplement qu'elle était la religion de la majorité des Français ; à modifier l'article 14; à attribuer à chacune des deux Chambres le droit d'initiative, les pairs ayant voix délibérative à vingt-cinq ans et les princes siégeant de droit ; à rendre publiques les séances de la Chambre haute; à abaisser Tâge de l'éleclorat; à donner aux électeurs le droit d'élire les présidents des bureaux électoraux et à la Chambre des députés celui d'élire son président; à supprimer les restrictions mises au droit d'amendement. Enfin l'on annulait, et c'était la décision la plus grave, toutes les créations de pairs qui avaient eu lieu sous le dernier règne. Quant aux lois qu'il faudrait faire, on se contentait de les énumérer, en laissant aux Chambres le soin de les préparer.

Dans la séance du 6 aoiit^ après que Salverte eut proposé la mise en accusation des ministres et que les bureaux eurent préparé la rédaction de l'adresse, Bérard exposa que Charles X ayant brisé le contrat fait avec la nation, il était urgent de constituer un nouveau pouvoir et d'en stipuler les conditions ; qu'il fallait en même temps étendre et améliorer les institutions. Il lut le projet de Guizot et de Broglie, en y ajoutant que le cens électoral serait abaissé et le double vote supprimé. La Chambre se retira dans 'ses bureaux pour nommer une commission, et s'ajourna dans la soirée.

La question grave était de savoir si l'on sacrifierait

rhérédité de la pairie. De Broglie, Guizot, Pasquier en voulaient le maintien ; mais au dehors son abolition était comme le mot d'ordre de la révolution. La veille même, le 5, la jeunesse des écoles menaçait de brûler le Luxembourg; il avait fallu que la Fayette rarrétât. Le duc d'Orléans hésitait. On finit par convenir que Tarticle 70 de la Charte qui donnait au Roi la faculté illimitée de nommer des pairs serait soumis à révision. C'était, comme de Broglie l'observa, mutiler la pairie et l'avilir. En retour on décida que l'inamovibilité de la magistrature serait maintenue sans qu'il fût besoin d'une institution nouvelle.

Le soir à huit heures, quand la Chambre rentra en séance, plusieurs centaines de jeunes gens partis de rOdéon arrivèrent en corps, entourèrent le Palais- Bourbon, et voulurent présenter une adresse. Les députés s'émurent. Augustin Périer, Viennet, Kératry protestèrent contre cette atteinte portée à la liberté des délibérations. Constant, Girod de l'Ain allèrent parler aux groupes. La Fayette les supplia de sauver son honneur, et leur fit pour les calmer quelques vagues promesses ; mais en se retirant ils crièrent : A bas l'hérédité ! et ils menacèrent de revenir le lendemain.

Après que le calme fut rétabli, le président lut l'acte d'abdication. Puis Dupin fit le rapport sur le projet de la Charte ; la commission l'acceptait avec peu de modifications. Il insista sur ce point que la Charte n'était plus octroyée ; qu'elle résultait d'un contrat, et que le Roi à son avènement jurerait en présence des Chambres assemblées de respecter les droits de la

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