‹ Histoire de la RestaurationChapitre 248 sur 256 · LIVRE XIX. — LA RÉVOLUTION DE · texte numérisé non relu

LIVRE XIX. — LA RÉVOLUTION DE

rie éprouvait plus de tristesse que de reg[rets. Elle comprenait Turgence de relever le trône et d'enchatner la révolution.

Chateaubriand défendit les droits du duc de Bordeaux, mais il rappela qu'il était Tauteur de la restauration. II fit de cette défense une sorte d*aflaire personnelle, et en présentant la royauté de Henri Y comme la plus pratique des solutions, il nia la légitimité en tant que principe. Sévère pour Charles X, impitoyable « pour d'affreux ministres qui avaient souillé la couronne » , et pour ce qu*il appela la conspiration de la bêtise et de Thypocrisie, flatteur envers la liberté et V héroïque population de Paris, poli et plein d'avances pour le duc d'Orléans, il frappa en réalité de coups redoublés la cause qu'il voulait servir. Il annonça qu'il allait se retirer de la vie politique, et ce discours où il célébrait encore la liberté de la presse comme une panacée universelle ne fiit que le dernier cri de ses haines et de ses illusions. Personne ne lui répondit. Cinq membres seulement protestèrent contre la déclaration de la vacance du trône.

L'article qui excluaitles pairs nommés par Charles X causa plus d'émoi, bien qu'ils fussent absents presque tous. Decazes protesta contre les exclusions, à quelque titre que ce fût. Barante soutint que la Chambre ne pouvait délibérer sur ce point, et qu'il valait mieux s'en remettre à la sagesse du lieutenant général. La Pairie était résignée ; elle se rangea à cet avis.

Sur cent treize membres présents, quatre-vingt-neuf votèrent la nouvelle Charte ; dix votèrent contre; quatorze votèrent par bulletins blancs.

L'illumination de la soirée marqua la fin de la crise. La joie témoignée le lendemain fut d'autant plus générale que les craintes avaient été plus vives. Car pendant plusieurs jours la population avait cru au retour de la guerre civile, elle en avait vu en perspective tous les excès etjusqu'à la terreur.Lesauteursdela nouvelle royauté se félicitèrent d'avoir échappé au despotisme et à Tanarchie ; ils entraînèrent les indifférents et les timides. On se disait que ni la république ni le duc de Bordeaux n'eussent été possibles; que le droit divin était une fiction et qu'il fallait le remplacer par le droit constitutionnel ; que le nouveau gouvernement serait celui des classes élevées et éclairées, très-différent du gouvernement de la multitude.

Le 9 août, la Chambre eut encore une séance solennelle. La garde nationale faisait seule le service. La joie régnait, car l'ordre était ou paraissait établi, et le pays avait un gouvernement. Les députés prêtèrent serment à la séance du matin. Martignac et Berryer le prêtèrent avec quelques explications. Plusieurs membres donnèrent leur • démission , entre autres Hyde de Neuville.

Le duc d'Orléans vint renouveler ses déclarations précédentes, accepter la couronne aux conditions portées par la nouvelle Charte, prêter le serment exigé, et recevoir les insignes de la royauté qui lui furent présentées par quatre maréchaux de France.

Le 10, les pairs prêtèrent serment. Aucun des membres présents ne le refusa. Le duc de Fitz-James exprima noblement ses regrets pour un roi qu'il

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