‹ Histoire de la RestaurationChapitre 27 sur 256 · LIVRE XI. — MINISTÈRE VILLÉLE · texte numérisé non relu

LIVRE XI. — MINISTÈRE VILLÉLE

La Fayette essaya encore de former un comité de sept députés dans le but de s'opposer à la contrerévolution ; mais il ne put réussir. Manuel, qui avait l'esprit pratique, refusa formellement d'en fiaiire partie.

La Fayette a pris soin de consigner dans ses Mémoires le plan qu'il exposait confidentiellement à ses amis * . Ce plan consistait à consulter la France, menacée suivant lui d'une contre-révolution, et à la mettre en demeure d'exprimer sa volonté. On aurait établi dans ce but un gouvernement provisoire qui n'aurait appartenu à aucun des partis existants et qui aurait duré trente-cinq jours. Ce gouvernement aurait proclamé une loi municipale basée sur l'élection directe, une loi départementale semblable à celle de 1791, avec cinq citoyens élus à la tête de chaque département et autant à la tète de chaque arrondissement. On aurait formé une garde nationale d'un million d'hommes élisant ses chefs, et procédé à l'élection d'une constituante avec la loi électorale de 1791. Ces principes admis, le reste n'était que combinaisons secondaires , et la Fayette s'en remettait à la Constituante. Il se déclarait républicain; mais sachant que la République feisait peur, il ne repoussait pas la monarchie héréditaire, si la France, comme il le supposait, préférait s'y rattacher encore quelque temps. L'essentiel était d'en finir avec la contre-révolution, et de garantir le pays au moyen des baïonnettes citoyennes contre le danger d'une nouvelle invasion.

Toujours prêt à jouer les destinées de la France au

> Mémoires de la Fayette, tome V.

gré de ses vieilles illusions, il parlait aux conspirateurs de haut et de loin, comme un oracle dont les prédictions devaient fatalement s'accomplir.

Tous ces plans avortèrent. L'échec des complots de 1822, le procès et le châtiment des coupahles, eurent pour effet d'empêcher la perversion de Tesprit militaire et de déconsidérer le libéralisme révolutionnaire. Le ministère de la droite y puisa une nouvelle force. Les sentiments rovalistes éclatèrent avec vivacité dans plus d'une circonstance , et particulièrement dans la fête qui eut lieu le jour de la Saint-Louis, autour de la statue de Louis XIV sur la place des Victoires.

Page 1