LIVRE XII. — LE CONGRÈS DE VÉRONE
et il écrivit qu'il n'aurait plus de rival quand il aurait négocié avec les rois. Les lettres par lesquelles il sollicita celte mission sont un monument surprenant d'infatuation.
Villèle obtint du conseil, non d'ailleurs sans difficulté , que Chateaubriand fût adjoint à Montmorency comme plénipotentiaire avec Caraman et Laferronays. Pensait-il satisfaire ainsi plus d'ambitions ou corriger ces choix les uns par les autres? Il est certain qu'il se fiait peu au jugement de Chateaubriand.
Il fut lui-même chargé de l'intérim des- affaires étrangères, et peu de jours après élevé à la présidence du conseil, qui n'existait plus depuis la retraite de Richelieu. Il était déjà président de fait. Louis XVIII répondit aux objections que cette décision souleva, que c'était simplement la consécration d'un fait acquis. '
Un événement imprévu compliqua la situation. Le 12 août, le chef du cabinet anglais, lord Londonderry (Castlereagh), se coupa la gorge. On attribua ce suicide à une fièvre chaude, causée par l'impossibilité où il se voyait de marcher plus longtemps d'accord avec les souverains absolus ; car les tories étaient obligés de compter avec les passions et les intérêts qui séparaient l'Angleterre du reste de l'Europe. Georges IV, après de longues tergiversations, dut vaincre ses répugnances personnelles et mettre à la tête du ministère un homme qu'il détestait , mais que lui imposaient l'éclat de ses talents oratoires et la fécondité de son esprit politique. Ganning fut chargé des affaires éti-angères, et Wellington fut désigné pour représenter l'Angleterre auprès,des souverains. Wellington obéit, mais à
regret, craignant que le congrès ne prît aucune décision pour rOrient, et qu'il en prit une pour une intei^ vention en Espagne.
Les instructions qui furent données le 26 août aux envoyés français par le conseil des ministres portèrent de ne prendre aucune initiative au sujet de l'Espagne, et dans tous les cas de réserver sur ce point la liberté de la France d'une manière formelle. Peu de jours après le départ de Montmorency, Villèle lui écrivit ces mots significatifs : « Informez-vous des dispositions dans lesquelles sont les cabinets sur cette maudite affaire. Ne vous avancez pas trop. Demandez à nous consulter s'il s'agissait d'un grand parti. Nous sommes en état de nous préserver nous-mêmes, alors même qu'on nous laisserait seuls. «
Villèle fit pourtant aux royalistes une concession importante ; il consentit à ce que le cordon sanitaire formé aux Pyrénées contre la fièvre jaune , et qui n'avait plus de raison d'être, fût changé en un corps d'observation.
II. Montmorency arriva le 7 septembre, le même jour qu'Alexandre et les plénipotentiaires prussiens, à Vienne, où devait se tenir la conférence préliminaire. Wellington était en retard, à cause du changement du ministère anglais.
Metternich entreprenait une tâche difficile. Fort opposé à l'idée d'une intervention française en Espagne, il craignait en la combattant de mécontenter le czar et d'amener un rapprochement trop marqué entre la Russie et la France. Son désir était de main-