‹ Histoire de la RestaurationChapitre 32 sur 256 · LIVRE XII. — LE CONGRÈS DE VÉRONE · texte numérisé non relu

LIVRE XII. — LE CONGRÈS DE VÉRONE

moni, et des garanties pour les Grecs lors du traité qui pacifierait TOrient.

Enfin la Fi'ance devait se préparer à une intervention en Espagne. Caria guerre civile, déjà commencée dans la Péninsule, tendait à y prendre des proportions plus dangereuses. Les royalistes espagnols venaient d* établir à la Seu d'Urgel, le 14 septembre, une régence suprême pour le temps de la captivité du Rôi, et leurs forces grossissaient. Le parti maître de Madrid avait répondu à cette déclaration en suspendant toutes les libertés, et en fusillant deux militaires, le général Élio et le commandant de la garde Goiffieux, sacrifiés aux baines populaires. Nos nationaux étaient menacés dans la Péninsule, et les révolutionnaires espagnols con*espondaient avec ceux de France.

Cependant une intervention était cbose grave, moins à cause de la résistance à craindre que de la difficulté d'organiser à Madrid, après y être entré, un gouvernement sérieux. Donc, disait Villêle, on ne doit s'engager qu'autant que Tbonneur et la sûreté l'exigeront . Il importait en outre que la France agit seule et à son beure. Elle ne pouvait admettre qu'un concours moral des autres puissances, par voie de déclaration ou par un traité éventuel'. Même elle n'admettait leur concours sous cette forme que pour empécber l'Angleterre de prendre un parti contraire à nos intérêts.

Les ministres des cinq puissances tinrent le 20 oc-

' Conversation de VilIèle avec Wellington, lors du passage du plénipo^ntiaire anglais a Paris.

tobre une conférence confidentielle et préparatoire, où Metternich mit sur le tapis la question d'Espagne. Montmorency, contrairement à ses instructions qui lui recommandaient de ne pas se faire le rapporteur de cette affaire et de voir venir, prit une véritable initiative. Il lut une note où, exposant la situation et la possibilité ou même la probabilité d'une guerre qu'il disait ne pouvoir être que défensive, il posait aux puissances trois questions : 1* sur ce qu'elles feraient si la France retirait sa légation de Madrid; 2* et 3* sur l'appui moral et le concours qu'elles lui prêteraient en cas de guerre. C'était non-seulement engager la question, mais encore aborder l'éventualité d'une coopération armée. Les ministres des trois puissances continentales eurent soin de se foire remettre cette note par écrit, et ils l'approuvèrent. Wellington garda le silence, car ses instructions portaient de blâmer formellement toute idée d'intervention. Il n'admettait pas que la France eût rien à craindre de l'Espagne, et il ne voulait pas lui laisser reprendre sous une forme quelconque une influence prépondérante dans la Péninsule, d'où l'Angleterre avait tant contribué naguère à cbasser nos armées.

Metternich essaya de gagner du temps, ne cessant de représenter qu'un accord était nécessaire ; que la question d'Espagne était une question européenne ; qu'il fallait la résoudre au nom de la Sainte-Alliance. Il fit valoir les périls d'une intervention française, et les embarras qu'elle causerait. Il demanda s'il follait mettre une armée française au contact des révolutions et charger d'éteindre l'incendie ceux qui l'avaient

Page 1