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LIVRE XII. — LE CONGRES DE VERONE

allnmé. Mais Montmorency s'était fort engagé, et Alexandre soutenait que ne pas faire la guerre serait encourager la révolution espagnole. Metternich fut enfin oblige de donner lecture le 31 octobre, dans la première conférence générale, des réponses des quatre cours à la note française. L'Autriche et la Prusse promettaient leur concours en termes vagues ; la Russie garantissait le sien avec empressement. L'Angleterre refusât de se prononcer sur aucun des trois points, déclarant ignorer les griefs de la France et convaincue que l'Espagne pouvait faire chez elle utilement les réfonnes désirables.

Les Russes affectèrent de regarder la note anglaise comme injurieuse pour la France et même pour les autres puissances. Ils se plaignirent des lenteurs du cabinet des Tuileries ; ils l'accusèrent de n'avoir pas de volonté arrêtée et même de ménager les révolutionnaires : ils lui offrirent leur concours armé contre FAngleterre, s'il le fallait. Enfin, le 6 novembre, Alexandre déclara qu'il allait retirer sa légation de Madrid, qu'il était décidé à la guerre et prêt à la foire seul.

II montrait d'autant plus d'ardeur et de décision que les nouvelles de l'Espagne étaient chaque jour plus mauvaises. Les Gortès mettaient Martinez de la Rosa en accusation malgré Arguelles. Les libéraux triomphaient dans la Catalogne et la Navarre ; l'armée de la Foi et les guérillas se désorganisaient, et la régence d'Urgel, en pleine déroute, allait être obligée de se réfugier au nord des Pyrénées.

Montmorency, sentant qu'il avait dépassé ses inn. 5

structioDS et engagé sa responsabilité personnelle, réunit le 8 les autres plénipotentiaires français pour s'autoriser de leur avis. Ils savaient qu*à Paris la droite et ses journaux montraient les dispositions les plus belliqueuses. La Ferronays et Chateaubriand se déclarèrent pour la guerre sans réserves.

Une nouvelle conférence eut Heu le 17 novembre ; les Anglais n'y assistèrent pas. Tout ce qu'on avait pu obtenir de Wellington était le retrait de la note anglaise; on y lut les instructions que chacune des trois cours continentales se proposait d'envoyer à son ministre à Madrid, avec les avis comminatoires qui devaient être communiqués au gouvernement espagnol. On les approuva réciproquement. Montmorency détermina ce qui serait considéré comme casus belli. Le 19, les plénipotentiaires se réunirent pour signer une déclaration commune.

Le congrès se sépara le lendemain. C'était Alexandre qui avait triomphé et entraîné Mettemicb. Wellington remit immédiatement aux plénipotentiaires deux notes qui dégageaient l'Angleterre et qui étaient de véritables protestations.

III. Montmorency quitta Vérone le 22, convaincu qu'en présence des excitations de la Russie il avait dû agir comme il avait fait, et néanmoins inquiet de l'accueil qu'il recevrait à Paris, quoiqu'il eût réservé pour ses derniers actes l'approbation du Roi.

Villèle lui reprochait d'avoir adressé aux puissances une sorte de mise en demeure. On ne pouvait se lier à la Russie, dont le seul objet était de garder une armée

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au centre de TEurope. L* Autriche jouait un jeu de bascule pour continuera dominer TÂllemagne et Tltalie. QuantàTÂngleterre^ elle chercherait à s'emparer du commerce des colonies espagngles, « pendant que nous irions nous-mêmes en Espagne ouvrir l'huitre dont elle ne nous laisserait que les écailles » .

Yillèle regrettait aussi que les autres questions européennes eussent été reléguées au second rang. En effet, le congrès ne les aborda qu'après le départ de Montmorency et comme des affaires secondaires. Chateaubriand tenait alors le rang de premier plénipotentiaire français, rang que la Ferronays et Garaman lui avaient offert et qu'il s'était hâté d'accepter.

Pour l'Orient, on se contenta d'échanger quelques Yues. Mettemich soutint qu'il fallait obtenir des garanrties pour les Grecs et une démarche du divan vis-à-vis delà Russie. Un diplomate autrichien porta ces vœux au sultan, qui refusa tout. La régence de Grèce voulut se fedre représenter à Vérone. Cette régence étant un pouvoir insurrectionnel et non reconnu, son agent, Metaxa, ne fut pas reçu.

Wellington demanda que la France prit des engagements formels au sujet de la traite des nègres ; mais le système du droit de visite réciproque était absolument repoussé en France. Après un mémoire de Chateaubriand en réponse à la demande de l'Angleterre, le congrès se borna à une déclaration qui ne précisa rien.

Yillèle avait voulu que la question de la reconnaissance des colonies espagnoles fût posée. Metternich représenta qu'elle intéressait peu les puissances conti-

nentales, et qu*on ne pouvait entamer, même sur ce point, aucunes négociations avec le cabinet de Madrid qu'on prétendait renverser. Wellington insista, par la raison que Tindépendance de ces colonies était un bât acquis. II dit que les États-Unis l'avaient reconnue; que TAngleterre ne pouvait pas leur permettre de s'emparer seuls du commerce de ces vastes pays ; qu'elle s'était contentée jusque-là d'ouvrir-ses ports aux navires hispano-américains, mais que cette mesure ne lui suffisait plus, et que ces colonies étaient bien décidément perdues pour leur métropole. La Russie, la Prusse et l'Autriche se renfermèrent dans l'obligation de respecter les droits delà couronne d'Espagne. Chateaubriand distingua le droit et le fait, et ne conclut pas. Wellington fit insérer aux protocoles des délibérations du congrès une note pour constater qu'il s'agissait d'intérêts urgents, sur lesquels l'Angleterre avait besoin qu'il fût statué.

Restait la question italienne. Celle-là, Mettemich prétendait la réserver aux seules puissances qui avaient signé à Laybach l'acte d'occupation. Les envoyés français et anglais reçurent à son sujet de simples communications. Metternich craignait l'ingérence française en Italie et l'influence des idées libérales ou constitutionnelles chez 1^ Italiens. Il désirait prolonger l'occupation autrichienne et faire demander cette prolongation par les gouvernements eux-mêmes. Or ceux-ci résistaient, pour ne pas braver une impopularité certaine, tant les soldats autrichiens étaient détestés. Leur présence à Milan et à Naples était , suivant la déclaration que fit au congrès le cardinal Spina, repré-

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