LIVRE XII.— LE CONGRÈS DE VÉRONE. C
sentant du Pape, la plus grande difficulté de la Péninsule.
Malgré ces résistances, Mettemich parvint à ses fins ou à peu près , en insistant sur la nécessité de comprimer encore l'esprit révolutionnaire que la guerre d'Espagne allait rallumer. Avec Tappui de la Russie, il fit stipuler par le congrès que l'évacuation du Piémont n*auraitlieu que par termes successifs jusqu'au mois de septembre 1823 ; qu'à Naples on se contenterait de réduire les troupes d'occupation et surtout la charge relativement énorme qu'elles faisaient peser sur le pays. Encore le ministre de Cbarles-Félix dut-il présenter une note détaillée sur la réorganisation militaire et administrative du Piémont, et sur les précautions prises contre la propagande révolutionnaire.
Mettemich eût voulu former une confédération des États italiens qui se seraient donné de mutuelles garanties pour la police. Il eût dès lors gouverné la Péninsule comme il gouvernait l'Allemagne. Le cardinal Spina fit repousser cette idée, et le ministre autrichien dut se contenter de lire, dans la conférence du 5 décembre, une admonition paternelle, que les représentants des états italiens reçurent avec un mécontentement peu déguisé. Le cardinal Spina récrimina, présentant une longue note, où il justifia le gouvernement romain d'une partie des critiques dirigées contre lui.
Les envoyés français se bornèrent èapp^iver la demande de dégrèvement du roi de Naples, et à insister pour obtenir la rentrée en grâce du prince de Garignan, que Charles-Félix finit par promettre, toutefois sans prendre d'engagement formel.
IV. Les collèges d'arrondissement et de département étaient appelés à faire des élections le 13 et le 20 novembre. La presse de gauche exploitait à ce sujet rinquiétude causée par le congrès de Vérone et par la prévision d'une guerre avec TEspagne. Celle de droite prêchait la guerre à la Révolution avec son exa^ gération ordinaire. Villèle, déplorant la baisse de la rente, le ralentissement des[affeires, etTappel fait imprudemment à l'Europe par Montmorency, ne savait quelles communications adresser aux journaux et à la Bourse. Il laissa écrire dans le Journal des Débats contre la politique d'intervention. Il aurait voulu la paix, qu'il sentait lui échapper. Il désirait aussi retenir son parti ; mais toujours bien décidé à ne s'en séparer à aucun prix, il se trouvait dans cette situation embarrassée qui fut recueil permanent de son ministère.
Cependant les élections furent en grande majorité royalistes. La gauche perdit trente députés, au nombre desquels fiit Benjamin Constant, et ne réussit que dans huit collèges ; il est vrai que Manuel fut élu deux fois dans la Vendée . PI us le gouvernement affirmait sa force, plus l'opinion royaliste tendait à dominer dans les collèges électoraux.
Les conspirations avaient fatigué le pays, et le libéralisme était en discrédit. Une effervescence fiàcheuse continuait dans les écoles ; mais, privée du concours de l'élément militaire, elle n'offrait plus de danger. Des troubles eurent lieu le 18 décembre à la distribution de l'École de médecine ; la manifestation était dirigée contre l'évéque d'Hermopolis et contre l'abbé Nicole, recteur de l'Académie de Paris. L'École fut supprimée
le 22 ; on la réorganisa un peu plus tard, et Ton élimina sept professeurs. L'École de droit fut réorganisée également; on supprima FÉcoIe normale, et plusieurs cours publics furent fermés.
Yillèle agit avec fermeté et décision dans la ligne de conduite qu'il s'était tracée. Ayant reçit de Madrid Tavis que Tagent anglais A' Court proposait un traité de commerce au ministère espagnol, il demanda aussitôt à Londres des explications sur un fait d'une telle gravite. Il envoya une note très-précise, presque comminatoire, et qui se terminait par ces mots : « Une décision immédiate de la France doit résulter de ces explications. » Il en donna avis au congrès, où l'on jugea qu'une communication verbale eût lé té préférarble. Canoing répondit évasivement qu'il ne s'agissait que d'un règlement d'indemnités.
Montmorency arriva le 30 novembre à Paris pour soumettre au Roi les derniers actes du congnès et les notes concertées parla Russie, l'Autriche et la Prusse. Yillèle combattit l'idée de retirer de Madrid notre ministre en même temps que ces puissances retireraient les leurs. II soutint que la France devait rester mattresse de son action, et cet avis prévalut dans le conseil des ministres, le 5 décembre. Il expédia aux plénipotentiaires restés à Vérone, avec la promesse de ratifier les derniers actes, l'ordre de demander qu'on retardât l'envoi des trois notes.
Les puissances répondirent qu'elles tenaient à envoyer leurs notes immédiatement, avant que le congrès se séparât, et que la France pourrait prendre huit jours pour envoyer la sienne. Chateaubriand quitta
Vérone le 17 décembre et porta cette réponse à Paris. Wellington l'y précéda et vint offrir la médiation de rAiigleterre entre la France et TEspagne. Montmorency repoussa Toffire, en alléguant que la question était européenne ; il eut même quelque peine à consentir que TÂngleterre donnât officieusement de bons conseils à Madrid. La guerre devenait pour les royalistes une afiEaire de parti, liée à leur système de politique intérieure. Leurs journaux accusaient Yillèle de tiédeur, peut-être de trahison, et le sommaient d'agir.
Les défenseurs de la paix ne manquaient pas d'arguments pour répliquer : ils étaient nombreux dans le monde des affaires et dans le monde politique. On remarqua un article du Journal des Débats constatant qu'une intei*vention n'était pas indispensable ; qu'elle créerait nombre de difficultés et de dangers ; qu'elle mènerait à une occupation militaire dont on ne sortirait pas ; que si l'on voulait obtenir la modification de la constitution des Cortès de 1812, on pouvait et Ton devait atteindre le but par d'autres voies.
Quand on eut enfin reçu la réponse du congrès, les ministres tinrent conseil le 22. Montmorency insista pour que la légation française fût rappelée en même temps que les autres, quoi qu'il pût en résulter. Ses collègues appuyèrent cet avis, disant que la guerre étant devenue inévitable, ce n'était plus le temps de tergiverser ; qu'il fallait donner satisfaction au parti qui la voulait, et marcher avec les puissances du continent. Yillèle soutint seul l'opinion contraire. Il repoussa l'idée de sacrifier l'initiative de la France, et de laisser