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LIVRE XII. — LE CONGRÈS DE VÉRONE

taitp-il, serait assurée lorsqu'elle aurait vu rennemi... Les royalistes seraient charmés, et les libéraux ne pourraient qu'applaudir. »

Ces conseils étant peu écoutés, il s'était lassé vite du séjour de Berlin, qu'il regardait comme un exil. Gonyaincu, d'ailleurs, que tout le monde en France avait besoin de lui, il avait demandé un congé, puis donné sa démission avec éclat lors de la retraite de Yillèle. Plus tard il avait porté à Londres le même esprit chagrin, difficile et prétentieux, malgré la jouissance qu'il trouvait à se voir sur un plus grand théâtre, où il obtenait toutes les satisfactions de la vanité.

Vérone lui parut un théâtre encore plus grand, et le rôle qu'il y joua fut très-étudié. Il s'y efiEaça d'abord avec affectation, tant qu'il fut subordonné à Montmorency. Il n'y obtint pas non plus au début le succès personnel qu'il avait espéré. Ses prétentions et certaines excentricités déplurent à Mettemich et à Pozzo, qui l'appelaient ironiquement « la lumière de l'Europe ». Son libéralisme incohérent excita aussi des défiances justifiées. Mais lorsqu'il fut devenu premier plénipotentiaire après le départ de Montmorency et qu*il entra en rapports directs avec les souverains, sa vanité exaltée changea ses allures. Il s'est peint en racontant d'un mot sa première conversation avec Alexandre : « Nous ne fûmes pas plutôt fiace à face que nous nous plûmes. » Bien qu'il ait essayé plus tard de prouver qu'il suivait une politique arrêtée, ses lettres le font voûr sous un autre jour. II s'y montre suivant les événements, préoccupé avant tout de sa gloire et de sa fortune personnelle, cherchant à plaire

aux souverains, ménageant de son mieux le roi, Yilléle et Montmorency, enfin très-ondoyant dans sa conduite, au rebours de ce dernier, qui avait toujours agi avec une droiture inflexible et sans arrière-pensée.

Les journaux du gouvernement ne manquèrent pas de vanter un ministère qui unissait V habileté de Yillèle et le génie de Chateaubriand. Néanmoins le choix, tout éclatant qu'il fût, causa peu d'enthousiasme chez les royalistes. Chateaubriand, avec son caractère personnel et ses idées insaisissables, n'inspirait aucune confiance aux hommes politiques de son parti. Ils l'avaient flatté et accaparé sans l'aimer. Ils doutaient de sa sagesse et de son entente avec Yillèle. D'ailleurs, la congrégation, qui ne lui avait jamais été favorable, et qui devenait de plus en plus exigeante, regrettait Montmorency.

Sa nomination aux affaires étrangères fut suivie de celle de plusieurs conseillers d'État ou préfets pris dans la droite, et de celle de dix-sept nouveaux évéques. La bulle pontificale, qui établissait la circonscription des archevêchés au nombre de quatorze et des éyè^ chés au nombre de soixante-six, avait été récemment publiée (le 31 octobre 1822), et sept archevêques avaient été élevés à la pairie. Mais tous les autres intérêts s*e£bçaient devant celui de la guerre d'Espagne.

L'effet des notes adressées à Madrid était facile à prévoir. Le ministre espagnol San Miguel fit aux trois puissances continentales une réponse très-ferme et même roide qui repoussait toute ingérence étrangère. Les cortès rédigèrent une déclaration analogue, pour

laquelle Ârguelles et Galiano, les chefs des modérés et des progressistes, se mirent d'accord. Les chargés d^afi&dres des trois puissances demandèrent leurs passe-ports, et leur départ fut pour les Madrilènes une occasion de défis et de bravades contre l'étranger, tant les Espagnols étaient pleins d'illusions sur les forces dont ils disposaient.

La réponse de San Miguel à la note française ne fut pas moins catégorique. Elle fut reçue à Paris le 18 janvier 1823, et Louis XVIII signa aussitôt Tordre de rappel de son ministre Lagarde. Chateaubriand ne se borna pas à notifier le rappel de l'ambassadeur ; il annonça dans une dépêche que le duc d'Ângoulème allait s^avancer avec cent mille hommes sur la Bidassoa, et <|ue si Ferdinand s'y rendait de son côté à la tête de ses troupes, « les deux princes pourraient avoir une entrevue qui serait peut-être suivie d'un traité de paix et des modifications constitutionnelles que désirait Sa Majesté Très-Chrétienne » .

Le rappel des ambassadeurs ne satisfit pas encore le parti de la guerre. Ce parti reconnaissait bien que Chateaubriand, par un changement de front et de manœuvre, s'était mis à sa tète, mais il continuait de se défier de Villèle, et il prétendait que la guerre ne devait pas être conduite par les hommes qui avaient voulu l'empêcher. Les députés royalistes arrivant à Paris pour l'ouverture des Chambres étaient fort exaltés; plusieurs se disaient décidés à renverser le ministère s'il ne marchait pas, et parlaient d'en former un autre avec YitroUes et Labourdonnaye.

yi. La session s'ouvrit le 28 janTier. Le discours du trône vint mettre un terme à l'impatience générale. Louis XVIII, après avoir énuméré les résultats favorables obtenus pendant Tannée, rappelé qu'elle avait vu la fin des complots et l'heureuse conclusion des négociations avec le saint-siége pour l'établissement des nouveaux évéchés, exposé enfin l'état des finances et la prospérité nationale, annonça que l'aveuglement avec lequel ses représentations avaient été reçues à Madrid laissait peu d'espoir de conserver la paix. II déclara que cent mille Français allaient être commandés par un prince de sa famille, et il ajouta : « Que Ferdinand VII soit libre de donner à ses peuples les institutions qu'ils ne peuvent tenir que de lui, et qui, en assurant leur repos, dissiperaient les justes inquiétudes de la France, des ce moment les hostilités cesseront, j'en prends le solennel engagement.»

Les ultras furent dans la joie. Le gant était jeté.

Le 3 février, la Chambre des pairs discuta son adresse en comité secret. Barante et Ségur proposèrent deux amendements qui réservaient une faible espérance du maintien de la paix. Barante parla contre le système de l'intervention dans les affaires intérieures des autres pays, et représenta les dangers que courait notre commerce qui avait engagé quatre cents millions sur les mers. Daru observa que d'après les pièces des négociations de Vérone, celles du moins qui avaient été communiquées, les puissances s'en étaient remises à la France de la conduite à tenir vis-à-vis de l'Espagne et l'avaient laissée arbitre de la paix et de la guerre. Il rappela que la France avait longtemps combattu

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