‹ Histoire de la RestaurationChapitre 37 sur 256 · LIVRE XII. — LE CONGRÈS DE VÉRONE · texte numérisé non relu

LIVRE XII. — LE CONGRÈS DE VÉRONE

rintervention étrangère sur son propre territoire, et qu'il en était résulté une guerre européenne; que rinyasion de TEspagne amènerait des difficultés avec TEurope ; qu'on était d'accord pour renverser Tordre de choses existant à Madrid, mais qu'on ne savait pas ce qu'on Tondrait après la victoire ; qu'en se constituant jnge de nos voisins dans leurs dissensions domestiqnes, on établissait un principe dont on pourrait subir les conséquences, puisqu'on donnait aux autres nations le droit d'intervenir dans nos affaires, suivant leur intérêt. Or, ce n'était pas l'Espagne que l'étranger redoutait, mais la France.

Le ministère repoussa les amendements en peu de mots. Villèle, que sa position personnelle obligeait à prendre la responsabilité de la politique suivie, dit que le Roi ayant tout fait pour obtenir la paix, on ne pouvait lui demander de faire plus, et que l'union intime des Chambres avec la couronne était nécessaire pour la défense de nos plus chers intérêts. Chateaubriand ajouta que tout amendement pacifique, si atténué qu'il fût, comportait un blànie indirect des mesures prises par le Roi.

La discussion ayant été fermée, Talleyrand, d'Âlberg et Mole firent imprimer les discours qu'ils se proposaient de prononcer contre la guerre. Celui de Talleyrand fut très-lu et commenté. Il rappela qu'il s'était opposé à la guerre d'Espagne en 1808, et qu'il avait eu raison; que celle qu'on voulait maintenant entreprendre avait pour objet non un intérêt dynastique, mais un intérêt de parti; qu'elle était un acte de pur donquichottisme; que le parti qui ne pouvait

Éaire la contre -révolution en France cherchait à la faire au delà des Pyrénéeâ.

Lorsque la Chambre des députés se fut constituée et que Ravez en eut été nommé président, elle entendit le projet d'adresse rédigé par Hyde de Neuville qui paraphrasa chaleureusement le discours de la couronne. Aussitôt Labourdonnaye déclara que la Chambre devait saisir l'occasion d'exprimer son opinion sur la marche du gouvernement; que pour lui, il devait à des ministres sortis des rangs des royalistes de ne pas garder le silence sur leur conduite dont il blâmait la £ai blesse et l'hésitation. Le ministère n'avait rien fait

pour consolider la Restauration et justifier les espérances de ses amis. La par/ie influente du cabinet avait négocié quand il eût fallu agir. Elle avait ménagé la révolution espagnole. Elle s'était ralliée au système de fausse modération et de bascule politique qu'elle avait tant reproché aux ministères précédents. Villèle avait voulu, empêcher la guerre et avait laissé périr la régence d'Urgel. Delalot renchérit sur ces accusations d'un ton irrité et violent. L'extrême droite rompait décidément avec le ministère, et reprenait contre lui les hostilités qu'elle avait soutenues contre ses prédécesseurs.

Duvergier de Hauranne présenta un amendement respectueux, mais pacifique. Il combattit l'idée de ce qu'il appelait une guerre d'opinion. Il représenta le danger de compromettre la prospérité financière renaissante et l'indépendance de la situation politique. Il soutint que la guerre aurait pour efFet de rétablir en Espagne le pouvoir absolu, au profit des hommes qui

Page 1