LIVRE XII,— LE CONGRÈS DB VÉRONE
gloire Le roi, avec une généreuse confiance, a
remis la garde du drapeau blanc à des capitaines qui ont fait triompher d'autres couleurs. Ils lui rapprendront le chemin de la victoire ; il n'a jamais oublié celui de l'honneur. »
Dans son livre du Congre» de Vérone, Chateaubriand s'excuse de n'avoir pu en dire davantage. Il considérait l'Espagne comme le champ de bataille où la France devait restaurer son honneur politique et son honneur militaire, et sauver la légitimité, qui «se mourait faute de victoires » .
VIII. Le 26, Manuel répondit. Sa double élection avait irrité les royalistes, dont il avait tout kît pour exciter les haines. Leurs journaux ne cessaient de réclamer son exclusion , et rappelaient qu'il avait parlé de la répugnance avec laquelle la France avait accepté les Bourbons.
Il reproduisit froidement et d'un ton résolu les arguments déjà présentés ; il contesta que les griefs allégués contre l'Espagne fussent sérieux, puis il discuta l'exemple tiré de la conduite de l'Angleterre en 1793; il parla longuement de la Péninsule où l'on allait constituer un état de guerre interminable, et il soutint qu'on exposait Ferdinand à l'attentat qu'on voulait prévenir. A ce sujet, il entra sur Louis XVI, les Stuarts et le régicide dans des développements irritants. La droite ne les lui laissa pas achever. Elle couvrit sa voix, en lui criant qu'il faisait l'apologie du régicide. Il fut rappelé à l'ordre. Il voulut s'expliquer. La droite ne le permit pas, et réclama violemment son exclusion.
Le président, ne pouvant dominer le tumulte, se couvrit et suspendit la séance.
Elle fut reprise une heure après. Forbin des Issarts réclama Texclusion immédiate. On refusa d'entendre les explications que Manuel avait mises par écrit et qu'il voulut faire lire. La proposition d'exclusion, n'ayant pas été remise au président pour être communiquée aux bureaux, n'était pas dans les formes réglementaires. On ajourna le débat au lendemain.
Le 27 , Labourdonnaye Id formula réglementairement. Il dit qu'il fallait réparer un grand scandale, que l'orateur, ayant fait l'apologie du régicide , avait épuisé l'indulgence; que c'était le devoir de la Chambre de punir de pareils écarts et d'exercer une haute juridiction qui n'appartenait qu'à elle. Etienne, après avoir débuté par une profession de foi monarchique au nom de la gauche, rétablit l'argumentation de Manuel. Il nia que l'apologie du régicide eût été faite. U dit que frapper sans entendre n'était pas juger, mais proscrire , et que c'était revenir aux traditions de la convention. Delalot répliqua qu'il s'agissait d'une afBadre d'honneur, et qu'un corps politique ne pouvait vivre sans honneur. Le jurisconsulte Tripier observa qu'en fait d'honneur les députés n'étaient pas solidaires les uns des autres; qu'on ne pouvait appliquer une peine qu'aucune loi n'avait établie, et qu'on avait tout au plus le droit de statuer pour l'avenir.
Enfin Manuel s'expliqua. 11 le fit avec son flegme et son acrimonie ordinaires. Il dit que ce qu'on voulait, c'était effacer le résultat des élections de la Vendée; que ce serait violer la Charte; que l'exclusion n'était