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LIVRE XII. — LE CONGRÈS DE VÉRONE

que le droit du plus fort. Revenant sur ses paroles de la yeilley non sans soulever un nouvel orage, il nia le bit et rîntention dont on Taccusait. Puis il termina firoidement en disant : « Si je pouvais être animé de quelque désir de vengeance, victime de vos fureurs, je laisserais à vos fureurs le soin de me venger. »

Cétait attiser le feu. Le renvoi de la proposition aux bureaux fut voté. Quelques députés voulaient que les bureaux Texaminassent sur-le-champ. Laine obtint que leur réunion fût ajournée de vingt-quatre heures.

Le 28, après que les bureaux eurent délibéré, on reprit la discussion sur la loi des 100 millions. Manuel monta à la tribune. En Ty voyant reparaître, la droite crut à une provocation. Elle s'écria que, accusé, il n*aTait pas le droit de parler avant d'être jugé, et qu'on ne la forcerait pas à l'entendre. Il fallut lever la séance.

Le 1*' mars, Labourdonnaye présenta le rapport de la commission des bureaux, malgré les cris de la gauche qui soutenait qu'il ne pouvait être à la fois accusateur et rapporteur. Il dit que l'apologie du régicide était un fgât indéniable, constaté par tous les commissaires. Il rappela que Laine avait fait écarter Grégoire au nom de l'honneur outragé de la Chambre, et soutint que la même raison empêchait Manuel d'y siéger plus longtemps. Il repoussa l'assimilation prétendue à la Convention. La Chambre n'était pas comme la Convention un pouvoir unique et absolu. Elle n'était qu'une des branches du pouvoir législatif. Elle avait le droit d'exclure tel ou tel de ses membres, et si elle fadsait de ce droit un mauvais usage, les pairs pouvaient

forcer le ministère à la dissoudre. Quatre-vingt-onze députés se firent inscrire pour parler le 3, jour fixé pour le débat. Manuel monta encore à la tribune pour continuer son discours sur les 100 millions. Cette insistance mit le comble à Tirritation de la droite, et la séance fut levée de nouveau.

La journée du 3 fut impatiemment attendue. L'émotion avait gagné le public. Il feillut prendre des mesures de police inusitées. Le général Foy voulut s'opposer à la discussion; il attaqua le président en termies de la dernière violence, et se fit rappeler à l'ordre.

Sainte-Aulaire affirma que le raisonnement de Manuel, tout déplorable qu'il fût, n'était pas tel que la droite le prétendait ; il dit que l'exclusion était une peine infamante, et que si la Chambre se croyait le droit de la prononcer, l'usage qu'elle en ferait la jetterait dans des difficultés inextricables. Manuel pouvait être réélu. Faudrait-il alors l'exclure de nouveau? La Chambre devait-elle s'exposer à se compromettre avec l'opinion publique? Et si le droit était admis, était-ce à une majorité ordinaire que la peine pouvait être prononcée?

Royer-Collard , parlant dans le même sens, résuma avec la grande élévation de son langage les arguments déjà présentés. Il soutint que la haute juridiction qu^on prétendait attribuer à la Chambre n'était écrite nulle part ; qu'il fallait écarter ce sophisme ; qu'un mauvais principe était plus dangereux qu'un mauvais acte ; que, pour parler franchement, il s'agissait d'un abus de la force ou d'un cx)up d'État; que ce coup d'État

n*était pas nécessaire, puisque Manuel niait le fait et rintention qu'on lui prêtait; qu'on ne pouvait rien fiiire pour le passé ; que c'était aux ministres à voir s'ils devaient pour l'avenir proposer une loi, et ne pas attendre que le temps emportât la rouille laissée par la Révolution dans le cynisme du langage, mais qu'ils ne devaient pas oublier non plus que la liberté illimitée était la vie du gouvernement représentatif; que dans tous les cas les délits devaient être clairement définis et restreints, et que le jugement ne pouvait être prononcé à la simple majorité.

Sébastiani irrita encore le débat en niant la pbrase inculpée et en tirant du langage d'un orateur de la droite la conclusion qu'on voulait renverser la tribune pour aller à Madrid.

 la fin, Hyde de Neuville ayant parlé de l'exclusion comme demandée seulement pour la session présente, Ghauvelin somma la commission de .s'expliquer sur cet amendement, car. c'en était un. Labourdonnaye déclara que la commission n'avait pas fixé de terme , n entendant pas lier les Chambres suivantes; qu'elle ne se reconnaissait pas le droit de casser une élection et prétendait seulement suspendre un député. C'était ane manière de reculer en atténuant la peine. Le général Foy opposa à Labourdonnaye les termes mêmes de son rapport et constata la contradiction. En £ait, l'amendement avait été exigé par le ministère, qui ne voulait pas courir le danger d'une réélection. La gauche somma les ministres de rompre le silence. Corbière déclara que dans un débat où il s'agissait de la juridiction de la Chambre sur un de ses membres,

n HISTOIRE DE LA RESTAURATIOIS.

le ministère avait pris la résolution de s^abstenir; que s'il agissait autrement, on Taccuserait de violenter TÂssemblëe. Foy soutint que le gouvernement ne pouvait se désintéresser. La gauche demanda la question préalable ; elle fut écartée ; puis le vote par appel nominal ; il le fut également.

Manuel prit alors la parole et prononça une sorte de manifeste préparé. Il dit que Tabsence du droit, l'usurpation, l'arbitraire, Tinnocence de ses intentions avaient été établis par ses amis, même par ceux qui, en prenant sa défense, avaient montré leur faiblesse ou leur rancune (allusion à Royer-Gollard) . On avilissait la représentation nationale ; il en conserverait le lustre. Personne n'avait le droit de Taccuser ni de le juger. Il cherchait des juges, et il ne trouvait que des accusateurs. Il se résignait à un acte de vengeance. La soumission pouvait être commandée par la prudence, mais la résistance, étant un droit, devenait un devoir. « Arrivé, dit-il en terminant, dans cette Chambre par la volonté de ceux qui avaient le droit de m'y envoyer, je ne dois en sortir que par la violence de ceux qui veulent s'arroger le droit de m'en exclure, et si cette résolution de ma part doit appeler sur ma tête de plus graves dangers, je me dis que le champ de la liberté a été quelquefois fécondé par un sang généreux. »

Un tumulte indescriptible s'éleva. Au bruit des acclamations de la gauche et des protestations de la droite, l'exclusion fut mise aux voix. La gauche ne se contenait plus. On allait violer la Constitution, la Charte et toutes les formes de la justice. La Fayette s'écria que le règlement n'avait pu prévoir un infâme

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