‹ Histoire de la RestaurationChapitre 41 sur 256 · LIVRE XII.— LE CONGRÈS DE VÉRONE · texte numérisé non relu

LIVRE XII.— LE CONGRÈS DE VÉRONE

coup d'État. Demarçay et d'autres déclarèrent adhérer à ce qu'avait dit Manuel et s'approprier ses paroles. Lorsque le bureau annonça que la majorité avait voté l'exclusion, les opposants refusèrent de se lever à la contre-épreuve. Les députés de la gauche sortirent de la salle, et une partie de ceux du centre gauche les suivirent.

Le lendemain Manuel parut au Palais-Bourbon en costume officiel ; il entra dans Thémicycle escorté des députés de son parti. Le président l'invita à se retirer, conformément à l'ordre d'exclusion qu'il avait reçu. Il répondit qu'U ne céderait qu'à la force, comme il Tavait annoncé. Ravez suspendit la séance afin de donner les ordres nécessaires.

Le président étant sorti et les députés de droite l'ayant presque tous accompagné ou s'étant répandus dans les couloirs, la gauche resta seule dans la salle. Le chef des huissiers vint déclarer à Manuel qu'il eût à se retirer. Sur son refus, il appela un détachement de gardes nationaux et de vétérans. Plusieurs des députés présents, la Fayette en tète, interpellèrent les gardes nationaux. L'officier qui les commandait donna des ordres; le sergent Mercier refusa de les transmettre, et les gardes restèrent immobiles. Les députés applaudirent, les tribunes mêmes se mêlèrent à ces applaudissements. Alors le colonel de Foucauld et trois officiers entrèrent avec un détachement de gendarmerie. Le colonel, ayant fait trois sommations inutiles, ordonna aux gendarmes de s'emparer de Manuel. Les gendarmes le saisirent et l'entraînèrent au bas des gradins. Il cessa de résister et se laissa

conduire hors de la salle. La g^auche se leva et le suivit.

Le soir, soixante-deux députés, dont un du centre g^auche, Delessert, signèrent une protestation vive et irritée contre un acte attentatoire à la Charte et à tous les principes du gouvernement représentatif. Cette protestation fut envoyée à la Chambre, qui refusa, malgré les efforts du général Foy, d'en entendre la lecture. Les députés de la gauche sortirent, ayant résolu de ne plus reparaître de la session. Ceux du centre gauche avaient pris la résolution moyenne de rester et de s'abstenir.

Ces scènes de théâtre étaient déplorables et ne pouvaient servir à personne. Manuel avait joué la tragédie et rempli jusqu'au bout un rôle de provocation qui était un attentat à la dignité de la Chambre. La droite était justement irritée. Elle ne voulait pas que la tribune eût le privilège de l'impunité, et qu'un crime ne pût être puni parce que la loi ne l'avait pas prévu. C'était précisément parce que les discours des députés échappaient aux poursuites judiciaires, qu'elle prétendait exercer à leur égard un pouvoir discrétionnaire qui lui appartenait et que Royer-Collard et de Serre lui avaient autrefois reconnu ' . Mais en prononçant ^exclusion, elle commit un acte extra-légal, plein de dangers et qui tourna contre elle-même. Maftresse de la majorité, elle n'avait aucun besoin de prouver sa force, a Elle grandit Manuel, dit Nettement, et se rapetissa en ayant l'air d'avoir peur. » Elle eut peu à s'àp* plaudir de sa victoire.

^ Opinion non prononcée de Leclerc de Beauliea.

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