LIVRE XII. — LE CONGRÈS DE VÉRONE
Le ministère avait eu le tort de s'eSacer; son abstention fut taxée de fisiiblesse. II commit après Texclnsion prononcée une faute plus grave, celle d'exposer aux harangues de la Fayette une garde nationale douteuse, et de laisser éclater une scène déplorable ou, Tautorité étant publiquement bravée, il fdlut user de la force pour la rétablir.
Quant à la gauche, la faute qu'elle commit d'ap-« plaudir au rôle et d'accepter la solidarité d'un homme qu'elle goûtait peu et qu'elle n'aimait pas, ne fut pas moins injustifiable. Sa retraite fut une seconde faute qui aggrava la première et qui prouva combien l'emportement de sa passion étouffait son jugement politique. Elle croyait, et c'est la seule explication de sa conduite, que la Restauration était en voie de se perdre, et elle s'imaginait précipiter sa perte. Heureusement ce calcul était feux ou dans tous les cas très-prématuré .
Grâce à des mesures sérieuses, l'ordre public ne fut pas troublé. L'émotion du dehors se borna à quelques rassemblements où l'on cria : Vive Manuel ! Vive la liberté ! Ils furent dissipés promptement. Mais il ne fut pas aussi facile de faire taire les journaux et les polémiques qui s'engagèrent avec une violence inouïe. L'obéissance passive de la garde nationale, trèscontestée, fiit un des principaux objets de ces polémiques. Le sergent Mercier devint un héros pour l'opposition; on colporta son portrait avec celui de ^lEaBiiel ; on ouvrit des souscriptions en sa faveur. Il fallut en venir à des poursuites judiciaires.
L'effet produit à l'étranger fut plus fâcheux encore.
Les Anglais surtout jugèrent sévèrement la conduite de tous les partis.
IX. La loi des 100 millions fut votée par les députés et portée à la Chambre des pairs où la discussion s'ouvrit le 14- mars.
Le maréchal Jourdan, qui avait Texpérience des guerres d'^Espagne, lut un discours d'opposition écrit daus les termes les plus respectueux. Barante prouva que l'intervention n'était autre chose que la guerre, qu'il s'agissait de savoir si la guerre était politique, juste et nécessaire; il montra qu'elle ne l'était pas, que les prétendus grîefs allégués, fort peu sérieux, n'étaient rien moins que des casus belli. Il fut trèfr^ mordant et pulvérisa l'argumentation de Chateaubriand. On citait à tort l'exemple de l'Angleterre en 1793 et celui de FAutriche en 1820. L'Angleterre n'avait feit que repousser une agression, et l'Autriche était intervenue en Italiç parce que, maîtresse d'une partie de la Péninsule, elle avait un intérêt direct à se mêler de ses afiFaires. On n'allait intervenir en Espagne que pour y combattre la contagion morale, a Nous Saisons, dit-il, la guerre aux mauvais exemples donnés par des hommes qui pensent autrement "^que nous. Nous allons travailler au triomphe d'une doctrine politique. Un ministre, bon gré, mal gré, voit les difficultés, les obstacles, les périls. Un parti ne voit rien de tout cela. Il n'est responsable de rien ; il ne recule jamais, car sa première jouissance est la satisfaction de ses opinions. »
Un autre pair, Catelan, montra le cas qu'on devait