LIVRE XII. — LE CONGRÈS DE VÉRONE
bâre de rémigration espagnole, dont les chefe désunis s^anathématisaient les uns Içs autres.
Polignac, qui venait d'accepter Tambassade de Londres, fit un discours peu heureux. Il fit de Tinteryention une sorte de règle politique devenant de jour en jour plus nécessaire, parce que la communauté des intérêts imposait de plus en plus aux différents États une sorte de solidarité ; il représenta TEspagne comme une forteresse où la Révolution recueillait ses forces pour menacer l'Europe .
Le duc de Broglie s'empara de cette affirmation pour soutenir que la guerre était bien une guerre d^opinion. Le principe des congrès de Laybach et do Vérone était de considérer toute révolution, quelle qu'elle fifit, comme une attaque contre la civilisation en général. Washington était mis au rang de Catilina. Les souverains qui avaient traité pendant vingt ans avec des gouvernements nés d'une révolution, déclaraient maintenant qu'aucune obligation vis-à-vis de ces gouvernements n'était sacrée, et qu'on pouvait toujours la renier, si l'on y avaiit intérêt.
C'était là simplement la déclaration du droit du plus fort. Sans doute on ne pouvait proclamer le principe de la résistance à la tyrannie : ce serait s'avancer sur des charbons ardents ; mais il n'était pas plus possible de proclamer le principe contraire, attendu qu'il fallait mesurer l'obéissance sur la loi, la justice et la raison.
Portée sur ce terrain, la discussion tendait à s'égarer dans une thèse philosophique. Fitz-James répondit, le 15, en relevant spirituellement la plupart des asu. 7
sertions de ses adversaires. Esprit souple, pénétrant, il détruisit en partie l'effet produit par Barante et le duc de Broglie. Il dit que la révolte était un abus du droit de la force, de même que la tyrannie, et qu'on allait en Espagne combattre Tabsolutisme révolutionnaire au nom de la liberté. Chateaubriand nia que ce fût une guerre de doctrine ; il dit subtilement : « Nous ne feisons pas la guerre à des institutions ; nous nous défendons contre des institutions qui nous font la guerre. » Le droit des Bourbons de défendre un Bourbon n'était pas douteux , tous les rois étant solidaires jusqu'à l'échafEiud. Quant à discuter la doctrine de la résistance, c'était s'exposer à bouleverser le monde. Aucune société , même démocratique , ne pouvait exister avec un principe qui menait à l'anarchie. « La politique, dit-il, a ses mystères comme la religion. Prétendez-vous les expliquer, vous tombez dans les abîmes. »
Les pairs votèrent les cent millions, ainsi qu'une autre loi sur le rappel des vétérans, adoptée déjà par les députés. A cette occasion. Mole accusa les ministres de ne pas feire ce qu'ils voulaient, et même de ne pas le savoir, puisque ce n'était pas avec cent millions et quelques vétérans qu'on pouvait occuper l'Espagne. Leur unique but était de donner une satisfaction à la droite, et ce que serait cette satisfaction, ils l'ignoraient.
L'opposition à la guerre était jusque dans les journaux royalistes. L'ardent Fiévée se séparait sur ce point de son parti. Il demandait pourquoi Ferdinand y II n'avait pas donné des institutions quand il le