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LIVRE XII. — LE CONGRÈS DE VÉRONE

pouvait, et modifié, après 1814, la constitution des cortés au lieu de la détruire.

Jamais guerre n'avait été Tobjet de débats préliminaires de cette importance. On remarqua le contraste qu'ils offraient avec le silence qui avait précédé les guerres de T Empire, et particulièrement l'invasion de la Péninsule en 1808.

X. Le duc d'Angouléme, qui devait commander en chef, organisa Tarmée et Tétat-major. Il repoussa les choix exclusifs que les courtisans voulaient lui imposer ; il rechercha des généraux et des ofBciers expérimentés, sans faire acception de parti , et n'écartant que ceux dont les opinions étaient hostiles à la dynastie. Il voulait que la guerre servit à effaicer d'anciennes divisions, qui tendaient d'ailleurs à s'affaiblir. Il désigna d'abord pour major général un ancien serviteur de l'Empire, Guilleminot.

Bellune avait porté successivement l'effectif de cent soixante-cinq à deux cent quarante mille hommes. Quatre-vingt-dix mille étaient prêts à entrer en campagne. Les trois corps du maréchal Oudinot, des généraux Molitor et prince de Hohenlohe, forts en tout de soixante mille hommes, devaient composer l'armée principale et marcher les premiers en Navarre. Le maréchal Moncey devait pénétrer avec trente mille hommes dans la Catalogne. Les deux armées étaient flanquées de corps espagnols auxiliaires, conduits par des chefs royalistes.

Le duc d'Angoulème quitta Pans le 15 mars. En partant, il annonça aux ministres qu'il ne qprrespon-

diait qu'avec Villèle. C'était une précaution dictée par Louis XVIII, à Finstigation de Villèle lui-même, en prévision des velléités que Chateaubriand manifestait d'agir seul indépendamment de ses collègues. Le duc arriva le 20 à Toulouse.

Les derniers événements survenus dans la Péninsule étaient d'un augure favorable. Le ministère espagnol avait pu ordonner des mesures militaires et même dissiper quelques bandes royalistes; mais n'ayant la confiance , ni des cortès , ni de Ferdinand, il était hors d'état d'agir utilement, et les cortès étaient si divisées qu'on ne pouvait former un autre cabinet à sa place. Un député proposa de déclarer Y incapacité physique du roi. Les cortès craignirent de provoquer par une semblable mesure une réaction monarchique ; elles prirent un terme moyen et décidèrent sa translation à Badajoz. Ferdinand résista, alléguant qu'il souffrait de la goutte; la Chambre nomma des médecins pour le visiter. Il partit enfin pour Séville à petites journées, escorté comme un prisonnier, et il y arriva le 10 avril. Ainsi les cortès justifièrent une fois de plus l'accusation qu'on leur adressait de lui faire violence.

Cependant l'expédition rencontra dès le début des difficultés de plusieurs sortes.

Les ennemis jurés des Bourbons s'étaient donné rendez-vous en Espagne, près de la frontière. Ils s'efforçaient de persuader aux troupes qu'on les menait se battre pour des moines et contre la liberté. D'anciens militaires, qui avaient été forcés de s'expatrier, leur adressèrent des proclamations pour qu'elles

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