LIVRE XII. — LE CONGRÈS DE VÉRONE. iOi
arborassent le drapeau tricolore. On fit circuler dans leurs rangs des articles de journaux et des chansons composées exprès , entre [autres une chanson de Béranger, dont le refrain était : a Soldats, demi-tour à gauche. » Les auteurs de ces manœuvres, républicains ou bonapartistes, espéraient ébranler la fidélité de quelques régiments et amener un mouvement militaire semblable à celui qui avait éclaté en 1820 dans I armée espagnole, à Cadix.
La police de Paris, faisant des perquisitions dans une diligence qui partait pour Bayonne, y arrêta des conspirateurs mêlés à quelques vieux soldats de TEmpire, et saisit une malle qui renfermait des aigles, un drapeau et des cocardes tricolores à l'adresse de Lostende, un des aides de camp du général Guilleminot. Les ministres s'assemblèrent immédiatement en conseil, nommèrent Bellune chef d'état-major du prince, le dépêchèrent à Bayonne le même jour, chargèrent le général Digeon de l'intérim de la guerre, et ordonnèrent par le télégraphe l'arrestation de Lostende. Elle eut Heu le 25.
Le duc d'AngouIême écrivit au Roi qu'il résignait son commandement; il reçut Bellune très-froidement, crovant qu'on le lui imposait par une intrigue, et il exigea le maintien de Guilleminot. Le conseil dut le lui accorder. Lostende fut mis en liberté ; on reconnut que les conspirateurs arrêtés s'étaient servis de son nom pour faire passer les emblèmes séditieux, et il fut, peu de jours après, l'objet d'une promotion.
Tel est du moins le récit le plus simple d'une affiadre qui donna lieu à beaucoup de commentaires et
qui ne fut jamais éclaircie complètement. Les militaires crurent à un artifice du parti royaliste; ils surent gré au duc d'Angouléme de sa modération et de sa fermeté.
Le maréchal de Bellune dut se borner à inspecter les troupes, dont il put constater la bonne tenue.
Une autre difficulté se présenta aussitôt. Les approvisionnements étaient mal ordonnés. L'intendance avait commis faute sur faute. L'intendant général Sicard écrivait lui-même au ministère que « la méchanceté, Timpré voyance la plus criminelle et l'ignorance Tempéchaient de remplir sa mission » . Le fieimeux munitionnaire Ouvrard, dont les services avaient été refusés à Paris, vint à Bayonne et ofifrit au prince d'assurer les approvisionnements, à des conditions que celui-ci se hâta d'accepter, car il ne pouvait attendre davantage. Ouvrard répondait de tout; il fut nommé munitionnaire général , et Bellune, obligé de ratifier un traité nécessaife, mais pour lequel on ne l'avait pas consulté, revint à Paris.
Le duc d'Angouléme comptait sur l'appui de la junte ou régence d'Espagne; mais il fut encore déçu de ce côté. Elle était en pleine dissolution. Les quatre évéques qui en avaient fait partie s'étaient réfugiés en France, et n'en prétendaient pas moins dicter des ordres; les généraux, restés en Espagne, refusaient de leur obéir et se querellaient entre eux. Martignac, nommé commissaire civil près de l'armée du prince, ne put les mettre d'accord. Le duc reconstitua la jiinte, et lança une proclamation où il disait aux Espagnols : « Tout [se fera pour vous et par