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LIVRE XII. — LE CONGRÈS DE VÉRONE

vous; les Français ne seront et ne veulent être que vos auxiliaires ; les provinces traversées par nos soldats seront administrées, au nom de Ferdinand, par des autorités nationales. » La junte reconstituée ne fonctionna pas davantage. Les évéques refusèrent d'y siéger, et même l'archevêque de Tarragone protesta. Les généraux Eguia, Calderon, Erro et le marquis d'Eroles déclarèrent nuls, en vertu de leur puissance souveraine, tous les actes du gouvernement de Madrid, depuis le 7 mars 1820. Cette décision entraînait, entre autres conséquences, la non-reconnaissance des emprunts contractés avec la sanction de Ferdinand. Or la plupart de ces emprunts avaient été contractés à la Bourse de Londres, et Ton allait ainsi fournir aux Anglais un grief redoutable.

Enfin, au moment où Ton allait passer la frontière, le colonel Fabvier tenta un coup de main des plus hardis. Il s'était rendu à Saint-Sébastien, au milieu des réfugiés français ou italiens, qui s'y trouvaient en grand nombre, mais qui ne pouvaient s'entendre, les uns étant républicains et les autres bonapartistes. Aidé du capitaine Nantil, il forma une bande de cent cinquante hommes, et la conduisit à Irun. Le 6 avril, cette bande s'avança sur la Bidassoa, qu'elle comptait traverser dans des barques. Les barques ayant manqué, elle arbora le drapeau tricolore et chanta la Marseillaise en face d'un régiment d'artillerie placé à lavant-garde, de l'autre côté de la rivière. C'était la reproduction de la scène de la Mure. Mais le résultat fut tout différent. Le général Valin, un des combattants de Waterloo, fit tirer le canon à mitraille, abattit

le drapeau et donna à une compagnie de gendarmes l'ordre de foire feu. Le rassemblement, ayant perdu quelques hommes, se dispersa. Cette aventure mit décidément fin aux tentatives d'embauchage. Le lendemain, le duc passa la Bidassoa de grand matin et entra à Irun, où il fut salué par la population.

L'armée française, bien accueillie sur sa routei n'eut pas d'autre combat à livrer. Le duc détacha les forces nécessaires pour bloquer les places de Saint- Sébastien et de Pampelune gardées par des garnisons constitutionnelles, et il poursuivit sa marche en avant. L'essentiel était d'avoir des subsistances assurées et de ne pas s'aliéner les gens du pays en vivant à leurs dépens. Ouvrard y pourvut, et paya régulièrement tout ce qu'il se fît livrer. Le duc arriva le 17 à Yittoria. L'armée était acclamée, et la population criait : Vive le Roi ! La seule difRculté fut d'empêcher les corps auxiliaires de commettre des désordres.

Le général Ballesteros, qui devait défendre l'Èbre, se retira sur Valence. Molitor, chargé de l'y poursuivre, entra le 28, sans coup férir, à Saragosse , jadis théâtre d'une si héroïque résistance contre les Français; il dut seulement arrêter les vengeances que commettaient les royalistes espagnols. Moncey entra, de son côté, en Catalogne, et n'y fut pas moins bien reçu. Il bloqua Figuières, défendue par une garnison constitutionnelle; puis il marcha contre le général Mina, qui ne l'attendit pas, et se jeta dans les montagnes.

XL Le départ du duc d'Angouléme pour l'armée

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