LIVRE XII. — LE CONGRÈS DE VÉRONE
et la retraite de la gauche devaient diminuer Tintërét des débats des Chambres. 'Cependant, lors de la discussion de la loi des comptes et du budget de 1824, le ministère eut à subir un nouvel assaut et des plus violents de la part de l'extrême droite.
Le rapporteur, Bourrienne, avait écarte à dessein, an nom de la commission, toutes les considérations qui n*étaient pas purement financières. Labourdonnaye n'admit pas que le débat fût ainsi circonscrit. Dans la séance du 31 mars, il déclara qu'un budget de paix présenté en temps de guerre n'était pas sérieux; il traita le projet de Yillèle de roman financier. Le moment était venu d'examiner la politique d'un ministère auquel la droite avait fait crédit jusque-là; or c'était une politique de demi-mesures, d'expédients et de mensonges. Les royalistes devaient enfin exiger l'accomplissement des promesses qu'on leur avait faites ; sinon Ton marchait aux révolutions par l'anarchie. Le ministère, soi-disant royaliste, n'avait donné aucune satisfaction à son parti. Yillèle oubliait qu'il avait soutenu, en 1818, la nécessité d'appuyer le trône sur des institutions monarchiques ; il se bornait à marcher dans l'ornière de ses prédécesseurs ; il louvoyait pour éviter de se défendre à la fois contre le canon de la tribune et le canon des Espagnols. L'administration, au sein de laquelle il avait refusé de feire les épurations nécessaires, était animée d'un esprit détestable ; les ordres étaient mal exécutés, les secrets d'État divulgués. « Le génie du mal, s'écria le fougueux orateur en terminant sa philippique, plane sur nous et dérange toutes vos combinaisons. Vivant
au jour le jour, comme vos devanciers, sans passion pour le bien, sans horreur pour le mal, calme par in^différence et modéré par faiblesse, qu'avez-vous Éadt de grand pour cette France qui mettait en vous son espoir? »
Villèle, fort des interruptions et des protestations qui avaient accueilli ce discours plein de haine et de fiel , se contenta de dire qu'on n'avait pu efFeotivement présenter qu'un budget de paix, mais que ce budget n'avait rien de fictif; il démontra que l'état des Bnances était excellent, et qu'on était en mesure de pourvoir à tous les besoins de la guerre. Il refusa de répondre aux autres accusations, et les repoussa avec dédain.
L'extrême droite n'en saisit pas moins l'occasion d'entrer dans l'arène ouverte ; elle entreprit de préciser les griefs indiqués par Labourdonnaye, d'une manière non moins vague qu'injurieuse. Yaublanc soutint qu'il fallait des hommes à grandes vues et à desseins élevés; il eut un succès d'hilarité. D'autres réclamèrent des réformes religieuses, judiciaires et administratives ; ils attaquèrent la centralisation , la nonspéeialité des crédits, la profusion des places, la complication des louages. Delalot demanda où étaient ces institutions monarchiques et constitutionnelles qui devaient assurer les libertés légales, et pourquoi le cabinet n'avait pas mis les lois de la Révolution et de l'Empire en harmonie avec la Charte. Avait-il au moms fait quelques efforts dans ce sens? avait- il adopté des principes arrêtés? En négligeant ces intérêts, il courait au plus grand des dangers, celui de