LIVRE XII. — LE CONGRÈS DE VÉRONE
rencontrer une opposition royaliste. Danger inévitable, attendu que les royalistes étaient à bout de concessions.
Corbière se défendit avec babileté ; il montra combien il était peu sérieux de comparer l'administration actuelle avec celle de Bonaparte, et il en fit ressortir les différences. Il prouva que des économies avaient été réalisées, et qu'on était sorti du provisoire financier. Il justifia le cabinet du reproche d'avoir suivi le même système de bascule que le cabinet précédent. « Nous nous sommes, dit-il, appuyés sur les intérêts royalistes ; nos choix ont été royalistes. » Puis, sans s'expliquer sur les lois qu'il se proposait de faire et qui étaient mises à l'étude, il s'étonna qu'on ne lui en laissât pas le temps. II refusa avec une certaine hauteur d'entrer dans plus d'explications , si ses adversaires , faibles de raison et de nombre , n'avaient que des allégations banales à présenter. Le ministère, assuré d^une majorité, gouvernerait avec elle.
Le 3 avril , Labourdonnaye revint à la charge , et donna aux débats un caractère de personnalité. 11 interpella Yillèle sur ses relations avec les anciens ministres et ce qu'il appela sa rupture avec la droite. Villèle se déclara prêt à décharger sa responsabilité morale. Parlant de son ancienne opposition, il dit qu'il l'avait faite aux choses, jamais aux personnes ; qu'il avait combattu l'ancien cabinet tant qu'il l'avait vu engagé dans un mauvais système ; qu'il l'avait au contraire appuyé, et qu'il y était même entré, lorsqu'il l'avait vu marcher dans la bonne voie. Il présenta une justification telle quelle des contradictions qu'on lui [reprochait; ilinvo-
qua Texpërience qu'il avait acquise, et dit ce qu'il pensait des lois réclamëes par la droite. Il soutint qu'une loi sur la responsabilité ministérielle n'était qu'un acte de charlatanisme , et une loi municipale une impossibilité. Il déclara qu'il n'obéirait jamais qu'à la direction de sa conscience, sans s'inquiéter des appuis qu'il pourrait trouver ou des personnes qui seraient en opposition avec lui. « Trouver, ajouta-t-il , des adversaires parmi ceux qu'on estime, c'est un sacrifice auquel doit se résigner tout homme parvenu à la direction des aSBaires publiques. » S'il était mal jugé, il s'en consolait par la conviction que tôt ou tard la vérité et la justice se feraient jour.
Le ministère sortit victorieux de cet engagement. Il fut d'ailleurs très-soutenu par la majorité des royalites, qui lui savaient gré d'entreprendre la guerre d'Espagne. La contre-opposition était encore peu nombreuse, et la levée de boucliers fort inopportune. Le duc d'Artois blâma les écarts de Labourdonnaye.
L'examen du budget se poursuivit avec calme, et fut votéle 22 avril avec peu de modifications.
Néanmoins, il ne fallait pas s'y tromper, la rupture de l'extrême droite avec le ministère était définitive. On pouvait en conjurer momentanément les effets, mais l'extrême droite , exaltée par la retraite de la gauche, ne devait pas renoncer à sa malencontreuse campagne. Elle était plus que jamais résolue à faire à Villèle la même guerre qu'elle avait faite à Richelieu.
Le ministère se sentait si bien menacé de perdre son équilibre, qu'il cherchait à fortifier son point