‹ Histoire de la RestaurationChapitre 5 sur 256 · LIVRE XI. — MINISTÈRE VILLÉLE · texte numérisé non relu

LIVRE XI. — MINISTÈRE VILLÉLE

que le système suivi par les anciens ministres, et dont ils s'étaient déjà malheureusement écartés, fût abandonné tout à fait par leurs successeurs. La droite avait déjàreEBdt la loi d'élections; elle voulait maintenant retire la loi de presse et sans doute d'autres encore, dans ses propres vues. On avait promis d'améliorer les conditions du jury. Fallait-il maintenant l'abandonner ?

Les orateurs de la droite reprochèrent à ceux de la g[àuche d'avoir demandé une loi de répression , et de n'en plus vouloir quand on leur en présentait une. Ils repoussèrent, souvent avec talent, le procès de tendance qui leur était £adt. Mais ils s'accordèrent peu sur leurs moyens de défense. Les uns, comme Gastelbajac, s'évertuèrent à démontrer que là loi était favorable à la liberté , bien qu'elle la soumit à une répression sévère ; d'autres nièrent la liberté et soutinrent la loi précisément parce qu'elle l'enchaînait.

Royer-Gollard dit que la loi , qui était complexe et en réalité la réunion de plusieurs lois , avait pour but de restreindre la publicité. Or, la publicité était une institution , une liberté politique nécessaire , car elle était l'unique moyen de résistance aux pouvoirs établis. Elle seule pouvait dénoncer leurs écarts ou leurs erreurs au nom de la vérité et de la justice. Les libertés publiques n'étaient pas autre chose que des résistances. Il y avait eu dans l'ancienne France « des institutions domestiques, des magistratures indépendantes, £adsceaux puissants des droits privés » , autant de freins pour le gouvernement. Ces freins n'existaient plus, la Révolution n'ayant laissé debout que des individus en fiace de l'État, et les magistrats indépendants ayant

fait place à de simples délégués du gouvernement. La coexistence des trois pouvoirs n'était pas une garantie ; il iBeillait une garantie contre eux , et la publicité était nécessairement cette garantie , parce qu'elle était la seule. Rappelant ensuite le beau mouvement de de Serre contre la démocratie , le chef des doctrinaires déclarait accepter la démocratie comme un faàt inévitable et même providentiel. La démocratie, telle qu'il l'entendait , n'était , et l'observation a son importance aujourd'hui , que la prépondérance des classes moyennes. Il traça du progrès de ces classes un tableau très-éloquent qui fiit couvert d'applaudissements par une partie de la Chambre. Néanmoins, en planant dans une théorie abstraite qui , sans tenir compte des réalités , £siisait de la presse , expression des passions, l'expression de la conscience , et la transformait de danger social en égide de la société , il n'obtint guère qu'une stérile admiration. « Sa voix, dit un député, est un tonnerre roulant sur un nuage sillonné d'éclairs '. »

Le nouveau garde des sceaux, Peyronnet, repoussa une à une avec une dialectique serrée les différentes objections adressées au projet. Il répondit justement à Royer-Gollard que si la démocratie débordait, elle avait besoin de digue, et qu'il ne fallait pas désarmer le pouvoir ; que d'ailleurs il ne s'agissait pas de démocratie ou d'aristocratie , mais de défendre le trône , la religion , l'ordre , les Chambres et tout ce qui avait besoin d'être défendu. Il demanda à la gauche si

^ Prosper Ribard. -^ Opinion annexée à la séance du 6 février.

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