LIVRE XI. — MINISTÈRE VILLÈLE
c^ëtaient là les intérêts d'un parti , et ce qu'il fiJIait penser du parti qui ne voulait pas les défendre. Corbière fit justice des critiques exagérées ou malveil» lantes , et se prononça contre quelques-unes des mesures additionnelles proposées par la commission.
La loi comprenait un si grand nombre d'objets distincts que le débat principal devait porter sur cbaque article isolément. En elBFet , chacun d'eux fut longuement discuté, et une foule d'amendements furent proposés , au cours de la discussion. On les rejeta presque tous; ceux mêmes de la commission eurent peu de succès.
D'abord, il fallut s'entendre sur les attaques portées à ia religion , à l'autorité du Roi , à la haine et au mépris du gouvernement, puis sur les pénalités. On écrivit dans la loi, aiosi que la commission le proposait , que le droit de discuter et de censurer les actes des ministres demeurait intact. Mais la gauche ne cessa d'exprimer ses défiances, et son langage fut souvent irritant. Elle se récria quand Yillèle lui dit au nom de la droite : « C'est nous qui vous apportons la liberté de la presse. » On se querella sur des questions qui prêtaient aux arguties, comme celles de savoir si Y autorité du Roi devait être qualifiée ou non de cotirstitutionneUe ; s'il avait un pouvoir antérieur ou supé^ rieur à la charte ; si Ton devait punir l'excitation à la haine ou au mépris contre les classes, et si ce terme de classes n'avait pas pour but de rendre indirectement l'existence aux corps anciens du clergé et de la noblesse.
11 n'y eut pas de question, même incidente , qui ne
iJ HISTOIRE DE LA RESTAURATION.
mit les partis aux prises. La séance du 30 janvier fut des plus agitées. Labourdonnaye , mis en demeure par Girardin de déclarer pourquoi les libéraux de la droite ne se joignaient pas à ceux de la gauche , déclara que ce n'était pas être infidèle à ses convictions constitutionnelles que de voter une loi imparfaite, mais qui établissait la liberté en réprimant la licence ; qu'il ne pouvait , quant à lui, se confondre avec ceux qui attaquaient la paix du pays, cherchaient à renverser le gouvernement et préparaient des boule versemeûts irréparables. La droite exprima chaudement son adhésion. Manuel voulut lui répondre. Plus mal inspiré que jamais, il remonta à 1814, s'embarrassa dans de prétendues explications , et dit qu'au retour des Bourbons « il y avait eu en France quelque répugnance pour une &mille nouvelle » . Ces mots soulevèrent une tempête et furent relevés avec indignation par la majorité.
Un des articles du projet donnait aux Chambres le droit de traduire à leur barre les écrivains qui les avaient insultées. Labourdonnaye déclara que c'était là une condition absolue de l'indépendance du gouvernement représentatif, et par conséquent la plus haute garantie des libertés publiques. La Chambre des députés , étant souveraine , ne pouvait être soumise aux jugements d'un autre pouvoir; on ne pouvait investir la magistrature du droit de venger les injures des corps politiques sans reconstituer les parlements. Ghauvelin , Manuel et d'autres membres de la gauche exposèrent les périls auxquels on s'exposait avec ce système. « Vous ne ferez, dit Chauvelin, qu'enveni-