LIVRE XII. — LE CONGRÈS DE VÉRONE, lii
amertume, et Barante répété les questions qu'il avait déjà posées. Montmorency avait pris avec abnégation la défense du ministère. Chateaubriand parla avec tout r éclat de son talent. Triomphant des résultats obtenus, il dit que le canon de la Bidassoa avait pulvérisé la révolution. Les événements prouvaient que les sentiments de T Espagne étaient bien tels qu'il les avait annoncés. Le Roi nous rendait la gloire. Puis, déclarant vouloir donner à la tribune anglaise Texemiple de la modération parlementaire, il fit un magnifique éloge du roi d'Angleterre et de ses ministres. Il eut un succès immense, et ses adversaires mêmes ne purent lui reJFiiser leur admiration. Sa renommée était alors à son apogée, et son éloquence souple et variée, qui s'élevait d'une simplicité femilière jusqu'aux plus grands effets oratoires, donnait à ses victoires de tribune une solennité que celles de Yillèle n'avaient pas.
Cependant, il parla plutôt à l'Europe qu'il ne répondit aux critiques de l'opposition. II glissa sur les points délicats, tels que les déclarations de la junte royaliste. Comme on lui reprochait d'avoir communiqué trop peu de pièces diplomatiques, il en donna pour raison que le pouvoir du Roi devait être plus étendu en France qu'en Angleterre.
Le débat fut fermé, et les pairs n'eurent plus à discuter jusqu'à la clôture de la session, qui eut lieu le 9 mai, que des questions d'intérêt secondaire. Ils votèrent la loi des comptes et le budget. Roy y trouva l'occasion de vanter le Règlement définitif de la justi-fication des dépenses publiques, que Villèle venait
de publier avec la collaboration du marquis d*Audiffired.
XIII. Le duc d'AngouIéme s'arrêta longtemps à Yittoria. II se plaignait du maréchal de Bell une qui, rentré à Paris mécontent, contrariait ses projets. Le ministère, de son côté, était mal satisfiait des marchés Ouvrard, qui, si indispensables qu'ils fussent, coûtaient par mois, tout compte fait, deux millions six cent mille francs de plus qu'il n'eût fallu.
La nouvelle junte était très-^énante. Elle manquait d'argent, etYilIèle dut avancer deux millions par mois pour payer V armée de la foi. Elle professait le plus pur absolutisme. Ses actes de souveraineté étaient des plus compromettants. Elle accepta les services d'un officier portugais, le comte d'Amaranthe, qui, chassé du Portugal après une tentative de complot avoilé, vint se mettre à sa disposition avec quatre mille réfugiés. Le duc d'Angouléme s'y opposa de la façon la plus formelle , pour ne ji^s fournir un sujet de rupture à l'Angleterre.
L'ancienne junte, celle d'Urgel, cabalait de son côté. Une partie de ses membres parvint à se réunira Paris, où elle entra en relation avec des députés de l'extrême droite et avec les ministres étrangers.
Le duc d'Angouléme eût voulu, pour sortir de ces embarras, qu'on s'entendit directement avec Ferdinand, et qu'on obtint de lui l'engagement de donner à l'Espagne une amnistie et des institutions libérales, sous toutes les réserves propres à sauvegarder son autorité. Un éiuissaii^e secret vint de Séville à Paris
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