LIVRE XII. — LE CONGRÈS DE VÉRONE
de déclarer traîtres et rebelles les deux rëgiments de Zayas et d'autoriser les anciens possesseurs de biens nationaux à y rentrer par la force. Le duc d'Angouléme voulut s'opposer à Texécution de ces décrets ou refuser à la junte les subsides dont elle ne pouvait se passer. Il demanda des instructions à Paris, et se plai* gnit de la fisûblesse de Martignac. On lui répondit « de modérer la régence sans paraître la contraindre, et de protéger les vaincus sans avoir Tair de les favoriser » . Un tel programme était plus facile à tracer de loin qu'à exécuter de près. Chateaubriand, circonvenu par les ministres étrangers, infatué en outre par un succès dont Féclat apparent dissimulait mal les difficultés secrètes, abandonnait peu à peu l'idée d'une transaction, que Villèle était très-embarrassé de soutenir.
loL régence poursuivit ses mesures de réaction. Ellerappela deux des ministres chassés en 1820; elle rétablit partout les anciennes autorités; elle nomma Eguia généralissime, elle garantit aux chefs de bandes royalistes la possession des grades qu'ils s'étaient attribués; puis, confirmant les décrets de la junte précédente,, elle amiula les actes des certes, y compris les emprunts et les traités.
^ Les ministres désignés par les puissances conti-- L JÉàHales pour les représenter à Madrid se trouvaient L^alfifèà Paris et y attendaient le moment d'aller fortifier H de leur présence le gouvernement qu'on devait rétablir. Us eurent d'abord à se prononcer sur une prétention que le vieux roi de Naples élevait à la régence d'Espagne en vertu de sa naissance. La France et la Russie écartèrent formellement cette prétention insou--
tenable, que Mettemich appuyait dans un bnt d*envieuse tracasserie. Ils reconnurent ensuite la junte de Madrid, à condition qu'elle se bornerait à administrer l'Espagne, à préparer les moyens de délivrer le roi, et surtout qu'elle ne traiterait pas avec les cortès. Les puissances dissimulaient peu la jalousie que nous leur inspirions * ; elles se montraient d'autant plus décidées à repousser toute idée d'un gouvernement constitutionnel que ce gouvernement, établi par le succès de nos armées, n'eût vécu que sous notre protection, et qu'il eût été pour nous une raison d^ingérence permanente .
Le cabinet français finit par adhérer le 7juinàcette résolution des ministres étrangers. Villèle la fit connaître au duc d'Angouléme. 11 l'engagea à renoncer aux deux Chambres et à se rabattre sur un retour simple aux anciennes cortès, sauf à s'entendre avec le Roi pour feire prévaloir la modération et la clémence. De grands résultats étaient acquis : un gouvernement ennemi était renversé, un Bourbon rétabli sur son trône, une population religieuse et royaliste délivrée. La France continuerait à donner de bons conseils et ne seconderait pas les folies. Elle dégageait peu à pea ' sa responsabilité. Un ami de Chateaubriand, le marquis de Talaru, fut accrédite comme ambassadeur auprès de la régence et placé soiis la direction du duc d^Angouléme.
Malheureusement le retour aux anciennes cortès
* Lettre de Villèle du Î5 mai (citée par Nettemest, t, VI, p. 514).