LIVRE XII. — LE CONGRÈS DE VÉRONE
était un mot de passe. Elles avaient subi tant de changements et traversé tant de révolutions que personne ne savait au juste sous quelle forme on pouvait les reconstituer dans les conditions présentes.
Un bâtiment anglais stationnait dans les eaux de Cadix. On crut un instant que Ferdinand y chercherait un refuge, que l'Angleterre pourrait l'amener à donner la constitution qu'on désirait, et qu'on arriverait par ce moyen à une solution satisfaisante. Ganning reçut quelques ouvertures dans ce sens, et ne repoussa pas au début une espèce d'arbitrage qui devait flatter l'Angleterre; d'un autre côté, il ne se fiait pas à Ferdinand YII, et il déclinait la responsabilité que son pays prendrait vis-à-vis des puissances continentales. 11 voulut connaitre les intentions précises de la France et celles de ces puissances. L'idée, étant chimérique, fut abandonnée.
Chaque jour ajoutait aux perplexités du duc d'Angouléme. II eût voulu, d'accord avec les ministres français, que la junte qui annulait les actes du gouvernement constitutionnel exceptât de cette annulation les traités et les emprunts, c'est-à-dire les contrats passés avec des tiers. Sans cette condition, il n'y avait pas de crédit possible. La junte repoussa l'exigence ou le conseil, parce que c'eût été sanctionner les actes de l'usurpation.
Le prince reçut en même temps de Paris un autre sujet de mécontentement. Un maréchalat était vacant ; il tenait à récompenser l'armée d'Espagne, et il le demandait pour un de ses généraux, Molitor, qui venait de rendre les plus utiles services. Le bâton fut
donné à Lauriston, ministre de la maison du Roi, par l'influence de madame du Gayla, et à la suite d'une intrigue de cour. Sosthènes de la Rochefoucauld, con^ seil de la favorite, espérait préparer ainsi une vacance dans le ministère et s'y faire une place ; depuis longtemps il poursuivait ce but sans l'atteindre, et tous les moyens lui étaient bons '. On forma pour l'armée d'Espagne un corps de réserve, et Ton en donna le commandement à Lauriston. Le duc d'Ângouléme eut d'autant plus à se plaindre de cette intrigue misérable qu'on avait eu soin de ne pas le consulter.
XIV. Retirées à Séville, les cortès y votèrent une série de mesures non moins violentes ni moins insensées que celles de la junte de Madrid. Elles décrétèrent la levée générale des guérillas, un emprunt forcé, la confiscation des biens de tout Espagnol qui aurait pris parti pour les Français, la réunion au domaine public de tous les domaines et droits seigneuriaux dont le titre primordial ne pourrait être représenté, c'est-à-dire la spoliation d'un nombre infini de femilles. Cette dernière mesure, repoùssée deux fois par Ferdinand, fut votée malgré lui, la constitution de 1812 autorisant les cortès à passer outre, lors d'une troisième délibération.
De telles violences achevèrent de ruiner une cause déjà perdue.
L'armée de Madrid s'étant retirée sur l'Andalousie,
^ Sa correspondance, qui a été publiée, donne tous les détails de cette intrigue.