LIVRE XII. — LE CONGRÈS DE VÉRONE
imprimer; Oudinot, qui commandait à Madrid, Ten empêcha.
On fut très-mécontent à Paris de cet acte du prince. Il fellut approuver l'ordonnance pour éviter un désaveu, mais on voulut qu'il lui donnât une interprétation capable de calmer les royalistes espagnols. Le duc, quoi qu'il lui en coûtât, fit publier le 26 par son major général Guilleminot dés instructions qui recommandaient aux commandants français de s'entendre avec les autorités espagnoles.
XVI. Le duc, arrivé à Port- Sainte-Marie le 16 août, envoya le lendemain un parlementaire à Ferdinand pour lui demander une amnistie et le rappel des anciennes cortès. L'unique but de cette démarche, sur laquelle ni lui ni Yillèle ne se disaient illusion, était de dégager la responsabilité de la France.
On s'écartait ainsi de plus en plus du plan conçu au début de la guerre. On se donnait pour excuse qu'on cédait aux événements ; que les cortès, ayant refusé de traiter et de délivrer le Roi, étaient responsables du triomphe et des exigences des royalistes.
Ferdinand ne put ouvrir la lettre qu'en présence de ses ministres. Sa réponse tarda un peu, quoiqu'on lui eût fixé un terme très-court. Il déclara qu'il était libre; il repoussa l'idée de rétablir des cortès, institution surannée, et dit qu'il avait demandé la médiation des Anglais. Mais lord Elliot jugeant que le duc d'Angouléme devait proposer une constitution et promettre de la garantir, la médiation dans ces conditions était inadmissible.
Le duc n'avait plus qu'à employer la force. Dès le 17, il avait entrepris les préparatifs nécessaires pour enlever le fort du Trocadéro, qui devait le rendre maître de la baie de Cadix et lui permettre de menacer la ville. Le 30, les travaux d'approche étant achevés, on canonna la position; puis, pendant la nuit, les colonnes d'attaque s'avancèrent par des tranchées où les soldats marchèrent dans l'eau jusqu'aux épaules. Elles surprirent l'ennemi à la baïonnette, lui enlevèrent ses canons, et s'emparèrent du fort en moins d'une heure. Les positions de l'arrière furent occupées dans la journée du lendemain. On fit plus de mille prisonniers. L'opération avait été admirablement conduite , et nos pertes étaient légères.
Le 4 septembre, le général Alava se présenta au camp français et demanda une suspension d'armes. Le duc exigea qu'une de ses divisions entrât à Cadix, et que le roi libre vint en personne traiter sous la protection des troupes françaises.
Les cortès décidèrent alors que la résistance serait continuée. Elles ne s'abusaient pas sur le résultat, mais les hommes compromis voulaient des garanties et prétendaient les stipuler eux-mêmes. Il y allait de leur tète et de leurs biens, et ils connaissaient trop Ferdinand pour lui confier leur sort. Les hostilités furent donc reprises et durèrent encore un mois.
Les Français n'avaient qu'un moyen de réduire Cadix. C'était de pénétrer dans l'île de Léon et de s'avancer jusqu'à la chaussée qui la relie à la place. Il &llait pour cela s'emparer du fort Santi Pétri dont les feux la dominaient. Le 20 septembre, le fort fut ca-
LIVRE XII. — LE CONGRÈS DE VÉRONE. 127 nonné par Tescadre de ramiral des Retours et se rendit. Le 23,ramiral Duperrë lança des bombes sur la ville. Le 28,Ieducd'Angoulêmc,ayant reconnu la ligne d'attaque, fit les apprêts d'un débarquement. Les cortès reconnurent que les moyens de résistance étaient épuisés. Elles restituèrent au Roi son pouvoir absolu, et lui donnèrent avis qu'il pouvait se rendre au fort Sainte-Marie.
Pendant ce dernier mois, les constitutionnels avaient subi partout de nouveaux revers. Pampelune avait cajntnié le 16, Figuière le 26, et Saint-Sébastien le 27. Riego, envoyé de Cadix à Malaga pour y recueillir les débris de Tarmée de Rallesteros, avait été cerné et désarmé, après quatre semaines de guérilla dans les montagnes de l'Andalousie, par des troupes royalistes espagnoles qui le livrèrent au général Latour-Foissac le 14 septembre.
Ferdinand YII, au moment de quitter Cadix, en fut empêché par les miliciens de Ttle de Léon, qui la plupart venus de Madrid, et se sachant proscrits par la junte, accusaient les députés constitutionnels de les sacrifier, et ne voulaient pas rendre la ville avant d'être assurés d'une amnistie générale. Us élevèrent des barricades dans les rues. Les Français se préparèrent à l'attaque. Ferdinand ne put calmer les miliciens qu'en prenant vis-à-vis d'eux tous les engagements qu'ils voulurent. Enfin, la nécessité aidant, ils se résignèrent. Le l*' octobre, le Roi, accompagné de la Reine et des in&nts, monta dans une chaloupe somptueuse qui portait le pavillon royal . Il alla débarquer au Port-Sainte- Marie, et se jeta dans les bras du duc d'Angouléme.
A peine arrivé, il congédia Valdès et repoussa Ballestcros. Le soir, le duc d' Angoulê me lui parla d^une amnistie et d'institutions qui donneraient au pays des garanties pour Tavenir. Ferdinand| faisant allusion au cride Viva et rey nieio /qui avait retenti toute la journée, lui dit : « Vous voyez quelle est la volonté du peuple. * Le duc n'obtint rien. Il écrivit à Villèle que ses pronostics allaient se vérifier, que T Espagne retomberait dans Tabsolutisme, et il ajouta: a J'ai la conscience déchargée, je ne dii*ai plus rien, mais je vous certifie que toutes les sottises qui peuvent éti*e faites se feront. »
Ferdinand annula le jour même tous les actes du gouvei*nement soi-disant constitutionnel depuis le 7 mars 1820, actes qu'il avait sanctionnés comme contraint. Il approuva sans exception les décrets de la junte de Madrid, et confirma le ministère qu'elle avait nommé.
Cadix et l'ile de Léon furent remis aux Français. Bourmont y entra et y fut accueilli en silence. Il favorisa l'embarquement des constitutionnels qui voulaient émigrer.
Ferdinand se rendit à Séville. En passant à Xérès, il signa un décret qui exilait à quinze lieues de Madrid presque tous les hommes qui avaient rempli desfonotions sous le gouvernement des cortès. Le plus grand nombre se hâta d'émigrer.
Le duc d'Angouléme prit congé de lui à Séville le H octobre, après avoir réglé que dans tous les lieux occupés par nos troupes le commandant français serait maître absolu. Il refusa le titre de duc de Trocadéro
que Ferdinand lui offrait et qui d'ailleurs convenait peu à un fils de France. H n'accepta que les décorations, dont Ferdinand se montra prodig[ue envers larmée firançaise.
11 lui fit aussi remettre à son départ par l'ambassadeur Talaru une note assez sévère, portant que tous les efforts de la France deviendraient inutiles si le pernicieux système de gouvernement qui avait amené les malheurs de 1820 était rétabli. Déjà les arrestations et les édits arbitraires avaient répandu une véritable terreur. Rappelant sa demande d'amnistie et d'institutions pour l'avenir, il priait J'erdinand de « prendre sans différer des mesures propres à rassurer la France et l'Espagne » . Le Roi, le remerciant de %2i franchise véhémentey lui répondit qu'il irait à Madrid pour y prendre connaissance de l'état d'une nation où tout venait d'être bouleversé, qu'il déterminerait alors ce qui conviendrait au bien de ses sujets, et que sa conduite aurait des résultats différents de celle que disaient redouter au prince ses nobles et louables intentions.
Le duc jugea sa mission terminée et repartit pour la France. Il ne s'arrêta que quatre jours à Madrid et ne voulut pas assister aux fêtes qu'on y célébra en son honneur. Sur son passage, il visita toutes les troupes IBrançaises, et il rentra le 4 novembre à Rayonne. Comme Ferdinand était obligé de licencier son armée pour en former une autre, une convention stipula que trente-huit mille soldats français demeureraient dans la Péninsule sous le commandement de Roarmont.
Les derniers restes des armées constitutionnelles II. 0
furent dissipés aux mois d'octobre et de novembre dans TEstrémadure et la Catalogne. Lérida et la Seu d'Urgel se rendirent. Mina capitula le 1*' novembre à des conditions honorables. Il rendit Barcelone, Tarragone et Hostalrich. Un corps de réfugiés français qui servait sous lui en Catalogne capitula de son côté entre les mains du général de Damas. La soumission de TEspagne était achevée.
Mais Ferdinand persista à refuser toutes mesures d'amnistie autres que celles qui seraient d'accord avec la vindicte publique. Riego fut jugé à Madrid pour des meurtres qu'il avait ordonnés à Grenade ; il fut condamné à mort et exécuté le 7 novembre.
XVII. Le duc d'Angouléme, satisfit de Villèle, Tétait moins des autres ministres. Il tenait Chateaubriand en suspicion, et demandait une enquête sur la conduite de Bellune. Il se plaignait de nouvelles dif«ficultés survenues au sujet des marchés Ouvrard qu'on refusait de ratifier dans toute leur teneur. Il exigea que Bellune fût remplacé avant sa rentrée à Paris. Cette exigence embarrassa d'autant plus les ministres qu'ils voulurent dissimuler la cause du renvoi. Le Roi et Monsieur insistèrent, et ils durent céder. D'un autre côté, madame du Cayla mettait tout en œuvre pour obtenir qu'un portefeuille et peut-être deux fussent donnés aux la Rochefoucauld. Les ministres déjouèrent l'intrigue en faisant nommer à la guerre (19 octobre) le baron de Damas ; ce dernier servait en Espagne et était bien vu^ de l'armée, quoique ayant appartenu è l'émigration. Villèle reçut à cette occasion une lettre