‹ Histoire de la RestaurationChapitre 58 sur 256 · LIVRE XII. — LE CONGRÈS DE VÉRONE · texte numérisé non relu

LIVRE XII. — LE CONGRÈS DE VÉRONE

de menaces de Sosthènes de la Rochefoucauld, qui, déçu dans ses calculs, lui déclara une guerre ouverte. Il fut en même temps fittaqué avec force par la plupart des journaux royalistes, irrités de la disgrâce de Bellune dont ils ignoraient les motifs.

Le Roi,pourrécompenser Tarmée d'Espagne, donna le marécbalat à Molitor, et la pairie aux généraux Guilleminot, Bourke, Damas, Bordesoulle et Bourmont. Il nomma le général Guilleminot ambassadeur à Constantinople ; peut-être voulait^on Féloigner du duc d'Angoulême. Pour dédommager le maréchal de Bellune, on le désigna peu de temps après pour Tambassftde de Vienne; mais il ne s'y rendit pas. Tempereur d'Autriche ayant refiisé de lui laisser porter à sa cour un titre militaire conquis dans ses E.tats.

Un Te Deum fut célébré à Notre-Dame, et une ordonnance décida Tachèvement de Tare de triomphe de rÉtoile.

Cependant Ferdinand rentrait à Madrid le 13 novembre, et la réaction, loin de s'arrêter, augmentait de violence. Dans toute l'Espagne les autorités prenaient des mesures odieuses qu'heureusement elles ne pouvaient toujours exécuter. Chateaubriand, d'autant plus irrité qu'il voyait les prédictions de ses adversaires se réaliser, ht des efforts sérieux, mais parfaitement inutiles, pour modérer ce qu'il appelait des sottises et un despotisme sanguinaire. « Le règne des camarillas, disait-il, commence quand celui des cortès finit. » Il adressa à Madrid les représentations les plus fortes sur le danger d'annuler les traités et les actes politiques du gouvernement antérieur, et sur

l'inconvénient d'écarter sans distinction tous les hommes qui Tavaient servi; il réclama, sans être plus écouté, qu'on mit un terme aux exils et aux proscriptions par catégories. 11 menaça de faire retirer les troupes françaises en deçà de TËbre si le ministère espagnol refusait d'entendre les conseils de la raison. Il donna pour instructions à Talaru d'empêcher les vengeances, même de parler en maître, et de revendiquer l'exercice du gouvernement, car c'était le droit de la France *.

De telles exigences, quelque justes qu'elles fussent, n'étaient pas faciles à faire accepter dans un pays où le sentiment national surexcité servait à colorer les pas* sions des partis. Et ce qu'il y eut de pire pour nous, c'est que si une satisfiaction fut accordée, elle ne le fut pas à la France qui était suspecte, mais à la Russie. Pozzo di Borgo , qu'Alexandre avait chargé d'une mission à Madrid, obtint, au moyen d'une intrigue, l'éloignement du chanoine Saez, le plus absolutiste des ministres, la nomination de deux ministres plus modérés. Casa di Urujo et d'Ofalia, et celle d'un con* seil d'État. Le cabinet ainsi modifié prit des mesures plus raisonnables. Il consentit à licencier les volontaires royalistes aussi bien que les troupes constitutionnelles; mais l'ordonnance qu'il rendit à ce sujet eut beaucoup de peine à s'exécuter.

En réalité, l'Espagne n'avait fait que changer de mal. Il fallait maintenant se démêler dans d'obscures mtrigues de personnes, user du crédit des ambassadeurs

' CnATBAUBRià^CD, Correspondance diplomatique.

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