LIVRE XII. — LE CONGRES DE VERONE
étrangers mieux écoutés que nous, et entrer avec eux dans les cabales formées pour ou contre les favoris.
Le duc d'ÂngouIéme rentra triomphalement à Paris le 2 décembre. Sa campagne lui faisait honneur. Aussi les flatteurs le vantèrent-ils d'avoir réussi là où Napoléon avait échoué. L'exagération était fort mal justifiée, ca r la comparaison des deux guerres n'était pas possible . On s'était trouvé en présence de troupes mal payées, composées principalement de recrues, minées par les sociétés secrètes et commandées par des officiers de valeur inégale, défiants et ménageant leur avenir. On avait eu pour soi une partie de la population au lieu de l'avoir contre soi, ce qui avait permis d'agir avec des divisions isolées, de ne pas fouler le pays, et d'y exercer une sorte de protectorat. Ce qui était vrai, c'est que l'armée française avait été entretenue régulièrement, abondamment pourvue de tout et bien commandée, que les opérations avaient été bien conçues et bien exécutées. Le duc d'Angouléme conquit dans cette guerre une popularité militaire méritée.
Elle montra à l'Europe, qui avait des motifs pour en douter, que la France possédait une armée , que les Bourbons pouvaient compter sur elle et s'en servir.
Elle déconcerta les libéraux, dont les pronostics s'étaient trouvés faux. Elle porta le dernier coup aux sociétés secrètes, privées désormais du seul appui sur lequel elles avaient compté.
Lé malheur fut qu'elle exalta les ultra-royalistes, qui exploitèrent leur triomphe avec leur emportement ordinaire. Ils avaient jusque-là redouté les sentiments de l'armée. Rassurés à ce sujet, ils ne connurent plus
de frein. Us se crurent maîtres de la France, et conseillèrent aux libéraux de se rësigpfier pour au moins vingt-cinq ans. Leurs journaux abordèrent les thèses les plus dangereuses et entrèrent en campagne pour les imposer au ministère ou pour le renverser s^il les repoussait.