‹ Histoire de la RestaurationChapitre 61 sur 256 · LIVRE XIIK — LA SESSION DE · texte numérisé non relu

LIVRE XIIK — LA SESSION DE

devaient la rendre plus forte et causer un plus grand péril. Elles pouvaient même, à un jour donne, perdre la monarchie, comme un journal royaliste, la Quotidienne, en exprima le pressentiment. Il fiaillait d'ailleurs obtenir Tassentiment de la Chambre actuelle, et il était d'autant plus délicat de le lui demander qu'il y avait une certaine ingratitude à la renvoyer, après les services rendus par elle à la cause royaliste.

Chateaubriand proposa au cabinet un moyen terme, une Chambre nommée pour cinq ans sans renouvellement annuel. Il se rallia ensuite au système de la septennalité, et il publia sur ce sujet, le 21 novembre, un article non signé, mais que tout le monde reconnut être de lui. Il y démontrait qu'une Chambre de sept ans de durée était le seul moyen d'assurer la dé&ite de la Révolution. Il énupiérait tous les vices d'une Chambre née d'élections partielles, et rappelait qu'en Angleterre les parlements, triennaux dans l'origine, étaient devenus septennaux en 1716. Il allait jusqu^à soutenir que la Chambre, étant plus sage, tempérerait les journaux.

Il aCFectait alors dans le cabinet une sorte d'indépendance. Regardant la guerre d'Espagne comme son œuvre, il s'en attribuait la gloire en l'exagérant, et soutenait qu'elle avait achevé la Restauration ^ lise mettait fort au-dessus de Yillèle, auquel il reconnaissait de la patience, du sang-froid, l'esprit plein de ressources, et de la fermeté dans les affaires, mais qui manquait, disait-il, des frivolités utiles et des qualités

' Lettre à de Serre.

assorties. Il éprouvait un certain dédain pour sa prudence vulgaire, sa politique positive et ses préoccupations d'homme d'afFaires. Il Taccusait de ne rien voir que le présent ; il songeait, « lui, à l'avenir, et voulait occuper les Français à la gloire ». II rêvait encore de nouveaux succès à Textérieur, entre autres de résoudre la question de T Amérique espagnole « en y conciliant, comme il disait, les droits de la légitimité et les nécessités de la politique » , c'est-à-dire en y élevant des trônes pour les Bourbons.

On prête à Yillèle un mot sanglant : a Je ne suis point jaloux de Chateaubriand. II a bien plus d'esprit que moi, mais j'ai plus de jugement que lui, et ce n'est pas l'esprit qui emploie le jugement, c'est le jugement qui emploie l'esprit*. »

Ainsi le ministère renfermait dans son sein le germe d'une division prochaine, germe qui eût grandi plus vite, si le Roi, qui aimait Villèle et qui goûtait peu Chateaubriand, ne l'eût alors étouffé. Louis XVIII, quoique affaibli, accablé d'une somnolence inquiétante et cédant de plus en plus à l'influence des amis de madame du Cayla, n'avait pas encore perdu son ancienne perspicacité. Chateaubriand se fit donner par Tempereur de Russie les insignes d'un ordre russe et les obtint également pour Caraman et Laferronays. Le Roi comprit qu'il y avait là une désobligeance calculée à l'égard du président du conseil ; pour la réparer, il donna immédiatement à ce dernier le cordon bleu, en disant que ses ordres valaient mieux que ceux de la

* Nettemewt, souvenirs de la Restauration, p. 385.

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