‹ Histoire de la RestaurationChapitre 62 sur 256 · LIVRE XIII. — LA SESSION DE · texte numérisé non relu

LIVRE XIII. — LA SESSION DE

Russie. Chateaubriand se hâta de demander pour Villèle les ordres russes, et il les obtint; mais il voulut à son tour pour lui-même le cordon bleu, et il ne se donna de repos que lorsqu'il Teut obtenu.

Le ministère avait encore à lutter contre la conspiration désormais avouée des la Rochefoucauld, furieux de n^avoir pu faire nommer Lauriston au département de la guerre et occuper celui de la maison du Roi. Ils essayèrent de renverser Corbière que Louis XVIII n^aimait pas. Yillèle défendit énergiquement son ami, le compagnon de sa fortune politique, et le sauva des attaques de la coterie, malgré Chateaubriand qui Teût abandonné.

Villèle, obligé de faire face à ces embarras et d'avoir rœîl sur ces intrigues, ne cessa pas pour cela de poursuivre son plan avec sa ténacité habituelle. Une ordonnance royale du 24 décembre déclara la Chambre dissoute, et les collèges électoraux furent convoqués pour le 20 février et le 6 mars 1824. La veille, une fournée de pairs avait eu lieu, au nombre de vingt-sept. Deux ëvéques et treize députés, presque tous de la droite, en faisaient partie. Les plus connus étaient Bonaldy Marcellus et Laine.

II. Le résultat des élections était peu douteux; car Fissue favorable de la guerre d'Espagne, l'avortement des conspirations depuis que la mort de Napoléon avait 6*appé au cœur le bonapartisme, la bonne situation des affaires ralliaient au gouvernement toutes les opinions flottantes et les forces conservatrices. Le ministère choisit les présidents de collège parmi les

hommes de la droite, sans tenir compte des nuances; toutefois il frappa d'une exclusion personnelle Labourdonnaye et Delalot, et rien n'était plus légitime, puisqu'ils avaient juré sa perte.

La guerre de presse qui précéda les élections fut naturellement très-ardente. Plus la droite triomphait, plus ses journaux étaient exigeants. C'était pour ceux de la gauche un motif de dénoncer avec une vigueur nouvelle la contre-révolution.

Le ministère, quoique certain de la majorité, ne négligea aucun moyen pour la grossir. Il avait déjà mis en pratique Tachât de journaux opposants avec les fonds de la liste civile. 11 acquit ainsi la propriété du Drapeau blanc, dont les ardeurs belliqueuses se calmèrent. Les Tablettes historiques, nouvelle publication rédigée par de jeunes hommes de talent, Thiers, Rémusat, Mignet, Larreguy, et renseignée sous main par Talieyrand et d'^autres personnages, obtenaient un grand succès dans le monde éclairé, grâce à TbabUeté de leur rédaction et aux indiscrétions des hommes d'État qui les patronnaient. Sosthènes de la Rochefoucauld les acheta, espérant peser ainsi sur le cabinet; mais les rédacteurs se retirèrent tous, et la publication cessa.

Enfin le ministère exigea que les fonctionnaires publics votassent pour ses candidats. Le garde des sceaux Peyronnet fit à cette occasion sa fameuse circulaire du 20 janvier, dont les termes doivent être cités : « Quiconque accepte un emploi contracte en même temps l'obligation de consacrer au service du gouvernement ses efForts, ses talents, son influence;

Page 1