‹ Histoire de la RestaurationChapitre 63 sur 256 · LIVRE XIII. — LA SESSION DE · texte numérisé non relu

LIVRE XIII. — LA SESSION DE

c'est un contrat dont la réciprocité forme le lien. Si le fonctionnaire refuse au gouvernement les services qu^il attend de lui, il trahit sa foi et rompt volontairement le pacte dont l'emploi qu'il exerce avait été Tobjet et la condition. C'est la plus certaine et la plus irrévocable des abdications. Le gouvernement ne doit rien à celui qui ne lui rend pas ce qu'il lui doit. » Cette circulaire était applicable non-seulement aux fonctionnaires judiciaires, mais même aux ofHciers ministériels. Elle était confidentielle, mais elle ne pouvait échapper à la publicité. Les chefs de services précisèrent encore la déclaration et la menace; iU qualifièreot tout vote opposant de trahison et menacèrent de révocation les contrevenants. Les préfets, le ministre de la guerre et jusqu'aux évéques développèrent les mêmes principes.

Principes sérieux. Car il n'est pas admissible que les hommes qui servent un gouvernement et même un ministère conspirent plus ou moins directement pour le renverser. C'est là un des vices flagrants, et noii encore corrigés, de notre système électoral. Mais alors que devient la liberté du vote pour le nombre si considérable des hommes que le gouvernement emploie? Que devient la conscience des fonctionnaires votant successivement pour soutenir des ministères, ou même des gouvernements différents? Et comment appliquer la menace, et surveiller le vote de chacun?

Le suffrage universel n'existait pas encore; par conséquent les candidatures officielles et la pression administrative étaient loin d'avoir pris le même développement qu'aujourd'hui. Cependant la question se

posait déjà. Les adversaires de Villèle rappelèrent toutes les attaques que la droite avait dirigées en 1816 à ce sujet contre Decazes, et ils mirent le parti royaliste en contradiction flagrante avec lui-même. Chateaubriand avait été Tun des plus chauds contradicteurs du système. On le lui rappela; il garda le silence, et comme il continuait d'entretenir des relations avec ceux des ultras qui attaquaient le cabinet, on put croire qu'il voulait demeurer étranger aux actes de ses collègues.

Le succès des élections du 25 février fut complet pour les royalistes ; il avait d'autant plus d'importance que la nouvelle Chambre devait durer sept ans, si le projet arrêté du ministère se réalisait. La gauche n'obtint en tout que dix-neuf sièges. Casimir Périer, Benjamin Constant et le général Foy furent élus à Paris ; Roy er-Col lard, Humann, Girardin, Kœchlin le furent en province. La Fayette, Dupont de TEure, d'Ârgenson échouèrent. Manuel ne fut pas présenté, ou du moins ne le fut qu'à Paris le second jour, au collège de département, où il réunit moins de voix que les autres candidats de la gauche. Son propre parti le trouvait gênant. Quelques mois s'étaient à peine écoulés, et tout le monde reconnaissait que l'homme ne valait pas le bruit qu'il avait fait.

Les royalistes nommés appartenaient à toutes les nuances du parti. Delalot, combattu par le ïninistère, échoua; mais Labourdonnaye , combattu aussi, fut élu, et il revint plus irrité.

Enfin, de Serre fut une des victimes, et la plus illustre, des rancunes de la droite. Il échoua dans la

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