LIVRE XIII. — LA SESSION DE
Moselle de quelques voix, et il conçut de cette ingratitude un chagrin profond qui hâta le progrès de son mal. Il était toujours ambassadeur à Naples.
Les royalistes se virent absolument maîtres de la Chambre, fortune trop longtemps inespérée. Éblouis, enivrés de leur succès, n'ayant presque plus d'adversaires devant eux, ils se laissèrent trop facilement entraîner à croire qu'ils pouvaient tout. Ils ne voulurent tenir compte ni de la pairie, pouvoir modérateur, ni surtout de l'opinion libérale qui, faiblement représentée au Parlement, était encore puissante dans le pays. Ils oublièrent aussi que tout parti, même vainqueur, a besoin de rester uni et discipliné, et que cette union, cette discipline sont pour lui les conditions nécessaires de l'exercice du gouvernement. Ils i>e divisèrent bientôt sur la plupart des questions et formèrent des groupes très- divers, où les vanités et les ambitions personnelles achevèrent l'œuvre de désorganisation que les divergences de vues' avaient commencée.
Le ministère, quoique assuré de la majorité, trouva en bce de lui beaucoup d'hommes nouveaux aussi disposés à lui manifester leurs exigences qu'à lui prêter Jeu rconcours. La situation était particulièrement difficile vis-à-vis de l'extrême droite , puisqu'il devait la combattre en exécutant ce qu'il y avait d'essentiel et de pratique dans sou programme. 11 lui fit quelques concessions de personnes, comme de rendre à Yitrolles son titre de ministre d'État. Chateaubriand était toujours prêt à ménager les ultras, pour en être ménagé à son tour.
On sentait qu'il était nécessaire de n'aborder la session qu'avec des résultats acquis et des projets très^ préparés.
Chateaubriand fit régler à trente-quatre millions la dette contractée par le nouveau gouvernement de l'Espagne envers la France, sachant d'ailleurs que cette dette ne serait jamais payée. Il continua aussi de réclamer l'amnistie, mais il ne put l'obtenir, ou plu* tôt l'arracher, qu'un peu plus tard, au mois de mai; encore fut-elle des plus incomplètes. Larcy l'appelle ime aumône de miséricorde. Un succès plus sérieux fut d'obliger l'Espagne à reconnaître pour ses colonies la liberté de commerce. Le cabinet de Madrid se résigna, le 9 février 1824, aune résolution inévitable qui coûtait à son orgueil ; mais il fallut, pour lui arracher cette reconnaissance, le menacer du départ de notre ambassadeur Talaru, et consentir au maintien de cinquante-cinq mille hommes de troupes françaises dans la Péninsule jusqu'à la réorganisation de Tar^ mée espagnole. Talaru réserva seulement à la France le droit de fixer le terme de cette prolongation d'occupation militaire.
C'était beaucoup d'avoir amené l'Espagne à déclarer libre le commerce de ses colonies d'Amérique. Il y avait là, pour nous, un avantage considérable et un succès dont la politique anglaise devait se montrer jalouse. Chateaubriand voulait obtenir plus encore. Il se flattait de déterminer Ferdinand VII à déclarer lui-même l'indépendance des colonies espagnoles. C'eût été assurer au commerce que les puissances maritimes de l'Europe faisaient avec l'Amérique mé-