‹ Histoire de la RestaurationChapitre 66 sur 256 · LIVRE XIII. — LA SESSION DE · texte numérisé non relu

LIVRE XIII. — LA SESSION DE

furent Martignac, Yaublaac , Bouville, candidats du ministère, et Labourdonnaye, candidat des opposants de droite.

Les adresses furent à peu près de pure forme. Deux phrases furent remarquées dans celle des députés, à cause des vues qu'elles indiquaient. — « La religion réclame pour le culte des lois protectrices, pour ses ministres [une existence plus digne d'eux. — L'instruction publique réclame un appui nécessaire. »

Le 5 avril, le ministère présenta en même temps aux pairs trois lois dont celle de la septennalité ; aux dépotés, la loi des comptes, le budget et le projet de conversion de la rente cinq pour cent.

Le cinq pour cent ayant atteint le pair, Yillèle offrait aux rentiers le remboursement à cent francs, qui était de droit, ou la conversion en trois pour cent à soixante-quinze firancs. Gomme le chiffre des rentes oonTcrsibles était de cent quarante millions, l'opération devait procurer au trésor une économie annuelle de TÎngt-huit millions. Seulement, il était nécessaire qu^elle se fit sans délai, '^parce que si les fonds s'élevaient au-dessus du pair, le remboursement aurait lieu à un prix plus élevé.

Ce projet causa un émoi extraordinaire. A Paris, surtout, il fit éclater un mécontentement formidable ; car les trois quarts au moins des rentes conversibles appartenaient à des Parisiens. Les rentiers se dirent spoUés et crièrent à la banqueroute. Peu touchés des avantages qu'on leur offrait, ils ne voyaient pour eux, dans la conversion , qu'une perte actuelle d'intérêt, et

la difficulté , s'ils acceptaient le remboursement , de replacer leur argent au même taux. Le droit de TÉtat ne paraissait pas clair; le fut-il, on contestait Téquité, l'avantage et Topportunitë de son application. Les ennemis du gouvernement y trouvaient un motif de Tattaquer; ses amis étaient divisés, et beaucoup se demandaient si c'était le moment d'affronter une irritation générale. Le projet fut donc livré dans les réunions publiques ou privées, dans les journaux, dans les brochures, aux critiques les plus violentes. Son impopularité s'accrut par une circonstance perfidement exploitée. Le discours de la couronne, en l'annonçant, annonçait aussi la préparation d'un règlement d indemnités pour les émigrés; on affecta de représenter les deux opérations comme liées l'une à l'autre, et de dire que les rentiers seraient spoliés au profit des émigrés.

Le 17 avril, Masson, un des familiers de Villèle, présenta, au nom de la commission de la Chambre, un rapport très-complet et très-bien fait, exposant toute l'économie de la loi, réfutant des objections mal fondées, et concluant à l'adoption immédiate, par la raison qu'une question de ce genre devait être résolue aussitôt que posée ; que la conversion était attendue et la spéculation en éveil ; qu'il convenait dès lors de mettre un terme à l'agitation soulevée. L'ar vantage de l'économie annuelle de vingt-huit millions était certain. Il est vrai qu'on augmentait le capital de la dette en présentant aux rentiers des titres de rente trois pour cent à soixante-quinze francs ; mais cette augmentation n'offrait qu'un danger imagi^

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