LIVRE XIII. — LA SESSION DE 1824. 1A
naire. La conTersion devait donner Tessor à la hausse, c'est-à-dire au crédit public, tandis qu'une diminution de l'amortissement, proposée par quelques personnes, outre qu'elle porterait atteinte à. un engagement sacré, produirait la baisse et diminuerait le crédit. Quant aux moyens de réaliser l'opération, ils étaient assurés par le traité conclu avec un syndicat de banquiers.
Malgré l'urgence que le ministère réclamait, la discussion fut différée jusqu'au 24. Labourdonnaye parla le premier. Il déclara le projet injuste et désastreux. C'était Caire aux rentiers une violence morale; c'était renier la foi promise avant même que l'abaissement de l'intérêt, chose si mobile en soi, fût véritablement un fait acquis ; c'était spolier les familles, exciter Tagiotage, irriter une classe de la population naturellement paisible et qu'il fallait au contraire rallier au gouvernement. Enfin, la loi était tout entière dans l'opération confiée aux banquiers, et la Chambre ne pouvait se prononcer sur un contrat resté mystérieux.
Humann défendit le projet avec succès, montra qu'il était avantageux à tous les points de vue, que la diminution du taux de l'intérêt était un résultat considérable, et que l'augmentation du capital était ellemême favorable au crédit public. II critiqua seulement le mode adopté, et proposa un système de remboursements successifs avec l'emploi de divers moyens dont on s'est servi plus tard.^
Villèle démontra, avec son calme et sa supériorité ordinaires , que le choix du trois pour cent avait été
fait pour assurer Tessor du crédit public, ce fonds, éloigné du pair, devant avoir plus d'élasticité que le cinq pour cent qui Tavait atteint.
La loi trouva des adversaires sur tous les ]>ancs de la Chambre et dans tous les groupes d'opinions. Bourdeau Taccusa d'être prématurée et intempestive, la hausse étant fectice et obtenue par de mauvais moyens, de jeter le désordre partout, de nuire au crédit qu'elle prétendait relever, car elle prolongeait les délais nécessaires pour le rachat total de la dette, et elle détruisait la confiance dans les placements en fonds publics. Les opposants de la droite, insistant sur cette dernière thèse, rappelèrent que c'était cette confiance qui avait sauvé, après 1815, la France et la Restauration. A leurs yeux, le projet était un acte d'ingratitude souverainement impolitique. Les orateurs de la gauche, Girardin, Casimir Périer, le déclarèrent une violation nouvelle de la Charte. Casimir Périer reprocha à Yillèle de dissimuler les conditions du traité signé avec les banquiers, et d'avoir évité k dessein la publicité et la concurrence ; puis, profitant de la feveur inaccoutumée qu'une partie de la droite lui témoignait, il se déchaîna contre le président du conseil avec une amertume, un acharnement et une violence qui dépassèrent toutes les bornes.
Cependant, plusieurs députés ministériels, tels que Pavy, Sirieys de Marinhac, Saint-Géry, soutinrent la loi avec talent. L'un d'eux, Bouville, fut même d'avis qu'on ËBÛsait aux rentiers trop de concessions 'sans aucune utilité. Villèle, fort de cet appui, repoussa des assauts multipliés ; il réfuta d'une manière lumineuse