‹ Histoire de la RestaurationChapitre 71 sur 256 · LIVRE XIII. — LA SESSION DE <8Î · texte numérisé non relu

LIVRE XIII. — LA SESSION DE <8Î

lui-même le remboursement sans intermédiaire étranger. Le système de Yillèle offrait une prime,à Tagiotage, attirait les capitaux à la bourse par Tespérance d'une hausse Cactice, obligeait TËtat à aliéner inutilement le droit de faire une réduction ultérieure, portait enfin atteinte au crédit, à la confiance, et ébranlait rattachement de cent vingt mille familles au gouvernement. Roy substituait au projet ministériel un autre projet; il demandait la suppression des rentes déjà amorties.

Mollien, autre autorité financière , accepta également le principe de la conversion, mais il releva tous les points faibles du projet, et proposa à son tour de &ire Topération en cinq ans, ce qui devait en atténuer les rigueurs et éviter le déclassement des rentes.

Pasquier, se plaçant dans le même ordre d'idées, rappela les services rendus au gouvernement par les souscripteurs des derniers emprunts et Tintérét dont ils étaient dignes. Il soutint que sile>5!poûr:100 avait atteint le pair, c'était TefTet des rachats opérés par la caisse d^amortissement; mais cela ne prouvait nullement que rintérét de l'argent fût descendu à A pour 100. L^État pouvait entreprendre un remboursement partiel soit avec les fonds de l'amortissement, soit en émettant des bons du Trésor. Mais Tintervention des compagnies financières était pleine de périls; l'État était obligé de se livrer à elles à l'exclusion de toute concurrence 9 de toute publicité. Elles avaient sans doute la puissance nécessaire pour faire la loi au marché; en réalité elles lui feraient violence et ne favoriseraient que l'agiotage. Ce n'était pas par une augmentation du capital de la dette et par l'offre illusoire d'un

remboursement impossible que la France augmenterait ou consoliderait son crédit, mais par une réduction juste, proportionnée au taux réel de I*intérèt courant, et entreprise avec les seules ressources du budget. D'ailleurs, en demandant le rejet de la loi, Pasquier niait que ce rejet dût entraîner la cbute du ministère.

Corbière et Clermont-Tonnerre prêtèrent inutilement leur appui au président du conseil. Ils reprirent avec précision, Corbière surtout, chaque point de la question et discutèrent les objections, principalement celles de Pasquier. Chabrol s* unit à eux. Mais Auguste de Talleyrand, le duc de Brissac et d'autres membres de la droite exprimèrent vivement les répugnances de leur parti. Les amis de Chateaubriand ne cachèrent pas leur opposition. L'archevêque de Paris, de Quélen, se disant Tavocat et le tuteur des pauvres, prit à ce titre la défense des petits rentiers, et le duc de la Rochefoucauld prit celle des déposants aux caisses d'épargne. Ces discours portèrent le dernier coup ao projet, malgré une réfutation que Yillèle entreprit encore de tous les arguments financiers de ses adversaires.

Le rapporteur, Lévis, tout en restant fidèle aux principes qu'il avait posés, exprima dans son résumé, le 1" juin, une certaine préférence pour les amendements présentés par Roy et Mollien qui proposaient un remboursement par séries, l'un en A et demi pour 100, l'autre en 4 pour 100 et en 3 pour 100, prolongeant les délais de l'opération et atténuant ses avantages, mais évitant aussi le concours des intermédiaires étrangers.

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