LIVRE XIII. — LA SESSION DE 18t
L'amendement Roy, auquel Yillèle refusa absolument de se rallier, ne fut repoussé que par deux voix de majorité. Le 3 juin, la séance fut des plus solennelles. Malgré Faction personnelle du Roi qui insista auprès de quelques pairspourobtenirleurvote, le paragraphe premier fut rejeté par cent vingt voix contre cent cinq, vote qui fit tomber le reste du projet.
Yillèle en conçut un dépit d'autant plus violent que la joie fut générale à Paris. Il vit là un complot et une sorte de déclaration d'hostilité.
Y. LHnaction de Chateaubriand était coupable. Ses collègues crurent qu'il les trahissait. Louis XYIII, depuis longtemps indisposé contre lui, prit sa conduite pour une injure personnelle, et sortit en cette circonstance de son phlegme habituel. Le 6 juin il manda Yillèle, pour lui faire écrire une lettre de destitution qui fut portée sur-le-champ au ministre des affiaires étrangères. Chateaubriand se trouvait au château. Ce fat là qu'elle lui fut remise sans autre formalité.
Sa destitution était aussi justifiée que légitime; car il avait soulevé contre lui tous les autres ministres par une attitude inqualifiable et des préoccupations personnelles blessantes. Mais le Roi et Yillèle eurent le tort de n'accompagner son renvoi d'aucune des formes que la convenance exigeait, et de lui donner le caractère du dépit et de la vengeance.
Or, Chateaubriand était une force que le gouvernementn'eûtpas dû mettre contre soi. ull était, dit Nettement, armé contre la Restauration par les services qu'il lui.avait rendus. » Son grand talent lui avait acquis une
popularité avec laquelle il fallait compter; les gens de lettres étaient pour lui. Il avait toujours affecté de leur plaire par ses manières larges et la fecilité brillante de son langage, qu'ils opposaient à la rudesse de Corbière et à la sécheresse de Yillèle. Il était de ces hommes que le public juge bien plus sur Téclat de leur renommée que sur la convenance de leurs actes , parce que les circonstances de ces actes, imparfaitement connues, échappent à son appréciation. La Restauration inspirait d'ailleurs une sourde défiance, même à beaucoup de ceux qui s'y étaient ralliés sincèrement *, La disgrâce de Chateaubriand parut aux uns un acte effrayant d'ingratitude, aux autres une arme fournie à l'opposition.
Néanmoins ceux qui ont écrit que cette disgr&ce renversa la Restauration, et ceux qui Tout répété plus tard, ont dit une chose monstrueuse. Eblouis parla gloire d'un grand nom, ils n'ont pas vu ou voulu voir qu'en politique l'éclat d'une personnalité n'est pas tout; que Chateaubiiand n'était le chef d'aucun parti, parce qu^aucun parti ne l'eût souffert pour tel ; que ses combinaisons, plus téméraires que hardies, nV vaientrien de pratique, et qu'en poursuivant les grands effets, il s'étourdissait de chimères. Chimères que l'idée de reprendre la frontière du Rhin et celle de relever les colonies espagnoles en y établissant des dynasties bourboniennes ; le Mexique peut aujourd'hui
' Tel était Lacretclle, dont ThUto'.re, écrite presque en préieoce des évcnementi, donne à chaque page la preuve la plus curieui^ de ces sentimentâ.