‹ Histoire de la RestaurationChapitre 73 sur 256 · LIVRE XIII. — LA SESSION DE · texte numérisé non relu

LIVRE XIII. — LA SESSION DE

nous édifier sur la valeur de pareilles conceptions. Ses choix d'hommes n'étaient pas plus judicieux. S'il éblouissait les Chambres par sa magnificence oratoire, il était loin de les dominer comme il se l'imaginait, et les personnages politiques qu'il regardait du haut de sa renommée étaient plus surpris que fascinés. .

Blessé dans son amour-propre essentiellement irritable, Chateaubriand se jeta dans l'opposition à outrance qui s'accordait d'ailleurs avec son caractère et SCS goûts, et il ne chercha plus qu'à renverser Villèle, au risque d'ébranler la Restauration. L'opposition systématique était, a-t-il écrit lui-même, la seule qu'il connût. Les gouvernements constitutionnels étaient à ses yeux des gouvernements de partis. Il fallait être pour ou contre le parti gouvernant. «L'opposition de conscience, ajoutait*il, celle qui consiste à flotter entre les partis en rongeant son frein, est une simple capitulation bonne pour les imbéciles ou les ambitieux '. « Il conforma sa conduite à ces doctrines, ou plutôt il se fit après coup une théorie pour explique! sa conduite. Or l'excuse était mal choisie, et la thécme s'appliquait mal, car il ne sortait pas du pouvoir avec les représentants de son parti ; il les y laissait. Il se séparait d^eux, ou c'étaient eux qui se séparaient de loi. Dès lors son opposition n'était plus que la rancune de Torgueil blessé '.

1 Mémoires if oub-e^tombe»

' ChaCeaubriaDd a écrit sur Cannins (lettre à Marcellus du S3 joUlet 1823) quelques lignes curieuses et qui s'appliquent encore liien mieux à lui-même : • L'amour^propre blessé ne se repent jamais, ne rerient jamais, ne pardonne jamais quand il n'est pas

n. il

La presse, qu'il avait toujours ménagée par calcul, lui fut en général feiyorable. Bertin, son ami, lui llyra le Journal des Débats. Bertin rappelant à Villèle que c'était ce journal qui avait renversé le ministère DecazeSy Villèle répondit que les Débats n'y avaient réussi qu'en taisant du royalisme, et qu'ils seraient maintenant obligés de faire de la révolution. La réplique était juste. Elle n'arrêta ni Chateaubriand ni Bertin. Ils firent de la révolution.

Moins de quinze jours après, les Débats déclaraient « l'administration timide, sans éclat, pleine de ruse, avide de pouvoir, le système politique antipathique au génie de la France et contraire à l'esprit de la Charte, un despotisme obscur, prenant l'effironterie pour de la force, la corruption érigée en système, les consciences mises à l'encan, la liberté des élections violée par de déplorables circulaires, des lois mal préparées et mal conçues pard'obscurs commis, la France livrée à des baladins politiques fusant une espèce de parade sur des tréteaux » .

La presse mécontente avait alors à exploiter un grief très-sérieux; c'était l'entreprise appelée caisie (T amortissement des journaux. Les la Rochefoucauld,

combattu dans une âme élevée par des sentiments nobles et par an penchant généreux aux sacrifices. M. Canning n*a rien de cela. Homme de talent, d'instruction et d*esprit, il n*a rien de grand ni de sincère, et son ambition dominera toujours ses principes. ■ Marcellus (^Politique de ta Restauration) dit que Chateaubriand faisait là son propre portrait ; il lui reproche ■ de n^avoîr pas su te retirer noblement dans Thonneur de tous ses triomphes et préférer k la vengeance populaire des cœurs médiocres la gloire si rare et ti pure de l'abnégation a .

Page 1