LIVRE XIII.— LA SESSION DE I8Î
succès. 11 se fit applaudir lorqu'il demanda s'il n^y avait pas assez de liberté pour qu'on en fût rassasié, et si Tanarchie n'était pas plus à craindre que la tyrannie.
La session se termina par un débat violent au sujet d*un complot qui avait eu lieu à la Martinique. Le gouvernement de Tile avait ordonné sans jugement la déportation au Sénégal de quarante et un hommes de couleur. Le bâtiment qui les portait s'arrêta en rade de Brest, et ils demandèrent des passe-ports pour adresser des réclamations à Paris. Malgré les efforts de leurs avocats, Isambert et Billecoq, le ministre de la marine ordonna de les faire partir immédiatement pour le Sénégal. Benjamin Constant plaida leur cause à la Chambre. Clermont-Tonnerre répondit que le gouvernement et le ministère avaient agi dans la limite de leurs droits, et la majorité, peu favorable aux systèmes égalitaires qui avaient perdu les colonies, lui donna raison. Néanmoins le ministère admit peu après le recours à la clémence royale, et la plupart des déportés furent remis en liberté.
Quelques-unes des dernières délibérations de la Chambre des pairs doivent être citées.
Montmorency et Laine firent décider (au mois de mai) que les procès-verbaux des séances, au lieu d'être insérés au Moniteur plusieurs jours après que la Chambre les avait approuvés, le seraient immédiatement. Cet accroissement de publicité fut très-combattu. Clermont-Tonnerre, Sémonville furent d'avis que les délibérations de la Pairie devaient demeurer secrètes; que c'était pour elle une question de dignité,
et même une sauvegarde du trône. Mais cette opinion ne prévalut pas.
Au mois de juillet, la Chambre eut à examiner un projet du gouvernement qui portait que les couvents de femmes seraient désormais autorisés par des ordon* nances royales après avis du conseil d'État. Jusque-là il avait fallu qu'ils le fussent par une loi. Pasquier, Siméon, Laine, Lally, rappelèrent qu'autrefois les ordonnances royales avaient besoin d'être enregistrées par les parlements. Ils soutinrent que le concours des parlements devait être remplacé par celui des Chambres, et que la constitution d'une communauté religieuse était chose trop importante pour que la loi n'eût pas à la régler et à en prévoir les efiFets. Le ministère retira le projet, se réservant de le représenter à la session suivante.
La clôture de la session fut prononcée le 4 août, après le vote du budget par les pairs.
VII. L'intérim du ministère des affaires étrangères dura près de deux mois. Villèle l'avait d'abord confié au marquis de Moustier, ministre de France en Suisse, pour ne pas céder aux prétentions des la Rochefoucauld, qui ne cessaient de peser sur le Roi. Il attendit la clôture des Chambres pour prendre un parti définitif. Enfin, obligé de donner satisfaction aux la Rochefoucauld, il appela le A août le père, le duc de Doudeau ville, au ministère de la maison du Roi en remplacement de Lauriston qui reçut la charge de grand veneur, et le fils, Sosthène, à la direction des beauxarts, alors dépendante du ministère de l'intérieur, avec