LIVRE XIII.— LA SESSION DE 18Î
le privilège exceptionnel de travailler directement avec le Roi. Ayant ainsi écarté plus ou moins des compétitions actives et redoutables, il fit passer le baron de Damas de la guerre aux affaires étrangères, et GlermontrTonnerre de la marine à la guerre. Chabrol fiit appelé à la marine. Un ministère des affaires ecclésiastiques fut créé le 14 août pour Févéque d'Hermopolis, qui demeura en même temps grand maître de FUniversité. Martignac et plusieurs membres de la droite entrèrent dans les grandes directions et au conseil d'État, où Ton fit entrer aussi trois prélats. Maiv tignac fut chargé de la direction des domaines, qui avait alors une importance exceptionnelle, à cause de la préparation de la loi d'indemnité pour les émigrés.
Yillèle s'efforça ainsi de consolider son ministère et d'en rester maître, tout en donnant une certaine satisfaction à la droite et aux influences de cour avec lesquelles il était obligé de compter. Mais on lui reprocha, non sans raison, d'avoir composé le cabinet d'hommes de second ordre, et particulièrement d'avoir sacrifié les affaires étrangères, car le général de Damas était peu au courant de la diplomatie.
Bourdeau fut destitué de ses fonctions de procureur général à Bennes, pour l'opposition qu'il avait ÉEÛte pendant la session. Une autre destitution, moins justifiée, fut celle de l'avocat général à la Cour de cassation, Fréteau de Pény, qui avait conclu contre la doctrine ministérielle suivant laquelle un journal cessait d'exister en droit dès qu'il cessait de paraître en fait.
Le 16 août, une ordonnance soumit à la censure les
journaux et les écrits périodiques, en vertu de la feculté reconnue au Roi par la loi de 1822. On en donna pour motif que la nouvelle jurisprudence des cours judiciaires, fournissant aux journaux la facilité d'éluder la suspension et la suppression, rendait les moyens de répression établis insuffisants. Villèle avait une autre raison qu'il ne pouvait dire. La fin du Roi était prochaine et ne permettait aucune illusion. Il voulait se garantir contre les polémiques trop ardentes que pouvait susciter le changement de règne. Louis XVIII n'hésita pas à signer le décret, dont il comprit le véritable but. Le comte d'Artois l'approuva de son côté, quoiqu'à regret et le considérant comme une faute.
En effet, le mécontentement fut général ; le rétablissement de la censure ne fut pas mieux accueilli par les royalistes que par les libéraux. Chateaubriand et Salvandy publièrent des brochures mordantes dans lesquelles ils reprochaient aux ministres d'avoir la conscience de leurs fautes, de n'oser plus affronter l'opinion, de jouer, pour rester au pouvoir quelques jours de plus, la longue destinée du pays contre leur avenir d*un moment, enfin de sacrifier l'intérêt de la monarchie pour se protéger eux-mêmes. Des élans monarchiques mêlés à ces critiques passionnées en augmentèrent le succès.
Cependant la santé de Louis XVIII déclinait visiblement. Ses promenades en voiture n'avaient plus lieu qu'à de rares intervalles. Ses jambes étaient engorgées, et des sommeils prolongés l'accablaient. Villèle remarque dans ses notes que souvent il écoutait