‹ Histoire de la RestaurationChapitre 84 sur 256 · LI^RE XIV. — LA SESSION DE · texte numérisé non relu

LI^RE XIV. — LA SESSION DE

affaibli et n'eût pas désarmé ses adversaires. II resta donc avec le cabinet actuel, convaincu qu'il était le seul président du conseil alors possible, comptant encore sur la majorité de la Chambre, et se disant que 8*il se retirait, il serait remplacé par un ministère de Textrème droite , qui mettrait la France en danger. Charles X était le premier à redouter un changement.

Villéle avait d'ailleurs en tète ses deux grandes lois, la conversion des rentes et l'indemnité des émigrés. 11 se sentait la force de les faire réussir, et il ne croyait pas avoir terminé sa tâche auparavant.

La première question agitée dans le conseil fut celle de la censure, que le Roi et plusieurs des ministres désiraient abolir à cause de son impopularité. Mais Corbière et Peyronnet combattirent fortement cette idée, et l'on commença par ne rien conclore. Charles X était loin de présider les conseils avec la même autorité et la même décision que Louis XVIII; Villèle en fut frappé, et c'est lui qui l'a consigné dans ses notes personnelles.

Le 25 septembre, le Roi fit une entrée solennelle à Paris et alla entendre un Te Deum à Notre-Dame. Il fut très-satisfait de l'accueil qu'il reçut. Il prit alors la résolution devant laquelle il avait hésité, et le 29, il déclara qu'aucune mesure d'exception n'étant plus nécessaire, la censure serait supprimée. Ensuite il passa à cheval une grande revue de l'armée et de la garde nationale au Champ de Mars ; les acclamations qui s'élevèrent, surtout dans les rangs de la garde nationale, le confirmèrent dans sa première impression II. 12

et lui firent croire qu'il serait décidément un roi populaire.

Le 25 octobre, les funérailles royales de Louis XVIII furent célébrées dans Téglise de Saint-Denis avec toute la magnificence du cérémonial traditionnel.

Si Tabsence des Chambres ajournait les grands débats, le cabinet ne s'en trouvait pas moins en présence de partis qu'il était obligé de satisfaire ou de combattre. Ces partis étaient la défection, le parti religieux et les libéraux.

Le parti de la défection ou de la contre-opposition de droite se composait des ultras ou vieux royalistes, des royalistes à idées chimériques, et le nombre en était grand, puis des mécontents, des intrigants et des ambitieux. Son thème commun était qu'on entrait avec le nouveau règne dans une ère nouvelle ; que les conditions du gouvernement étaient beaucoup plus favorables qu'elles n'avaient été au début de la Restauration ; qu'on devait marcher dans d'autres voies, et qu'il fallait désormais d'autres hommes. Un écrivain de talent, Salvandy, dont les brochures avaient eu de grands succès, royaliste de sentiment, mais libéral et indiscipliné, écrivit un pamphlet violent contre le ministère qu'il déclarait être l'unique obstacle à la concorde universelle. Le Journal des Débats soutint que si le ministère avait la majorité dans la Chambre, il ne l'avait pas dans le pays, tandis que le pays était prêt à donner un plein acquiescement au Roi. C'étaient Yillèle et les ministres qui empêchaient Texpansion du rovalisme. Chateaubriand s'était naturellement empressé de faire une brochure à Tavénement de

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Charles X, comme il en avait j&it une à celui de Louis XVIII ; il se posait encore en tuteur du nouveau règne.

Le parti religieux était plus disposé à prêter son concours, mais ses exigences étaient encouragées par les sentiments connus du Roi, et il n'était guère plus &cile à satisfaire. Il voulait rendre au clergé la puissance que la Révolution lui avait enlevée, et faire rentrer la religion dans les lois, afin de ranimer Tesprit religieux, très-affaibli en France depuis un demi-siècle. Déjà sous Louis XVIII il avait montré beaucoup d'activité et souvent plus d'ai*deur que de prudence. Plus d'un mandement épiscopal avait embarrassé le gouvernement * . Les notes que quelques évéques adressaient au conseil n'étaient guère moins embarrassantes. Il était clair que les questions religieuses, reléguées jusque-là au second rang, allaient passer au premier.

Montmorency était le chef de ce parti dans les Chambres. Mais n'ayant ni le caractère ni l'autorité personnelle qui s'imposent, il était peu capable de le diriger, et il n'y prétendait pas. En général, l'épiscopat, peu sympathique au régime constitutionnel qu'il estimait né de la Révolution, demeurait systématiquement étranger à la politique, et afiFectait de se tenir en dehors. C'étaient dès lors des hommes ardents, aimant le bruit, qui prenaient la parole au nom des intérêts religieux. Ils soutenaient dans leurs journaux

' Entre autres TardieTèque de Toulouse, Clermont- Tonnerre, dont un mandement réclamant la suppression des articles oiiganiques «Tait été déféré au conseil d'Éut et supprimé par lui le 10 janvier 18S4.

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les thèses les plus contestables et soulevaient des polémiques malheureuses. Les doctrines théocratiques de Lamennais et de son école produisaient en particulier un déplorable effet.

Le public avait besoin de donner un nom au parti. Il l'appela la Congrégation, désignation qui sembla rappeler la Ligue. Il s'était formé à Paris depuis quelques années diverses congrégations qui avaient chacune un but religieux et qui augmentaient de jour en jour le nombre de leurs affiliés. On supposa Texistence d'une congrégation supérieure, qui était un être de raison, et Ton personnifia le parti en elle. D'autre part, les Jésuites, quoique non reconnus, étaient rentrés en France. Ils avaient une maison mère à Montrouge, un collège à Saint-Acheul ; ils étaient très-employés dans quelques diocèses ; on les voyait à la tête de beaucoup d'oeuvres et de missions. La maison de Montrouge, exerçant une grande in-> fluence autour d'elle, fut regardée par le public comme le centre de la Congrégation, et le nom de jésuite devint une autre qualification du parti.

Yillèle ne portait peut-être pas dans la discussioi de ces questions une grande hauteur de vues, mais i y portait son bon sens ordinaire. Il comprenait Ifl grand danger des polémiques religieuses. Il était d'avL qu' « il ne fallait pas mettre la cérémonie avant l'idée: c'est-à-dire imposer des lois religieuses à un peupL peu disposé à les admettre, et qu'il était plus sage le ramener d'abord à la religion ». 11 regrettait encor

< Note du 10 septembre 1827, au sujet delà demande Latil.

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