‹ Histoire de la RestaurationChapitre 85 sur 256 · LIVRE XIV. — LA SESSION DE · texte numérisé non relu

LIVRE XIV. — LA SESSION DE

que le clergé « ne vit que la partie religieuse de la population^ et les membres de son corps », fermant les yeux sur Tétat général du pays. Néanmoins il était prêt à donner au parti certaines satisfactions sur les personnes et sur les choses, de manière à se le concilier sans trop s'engager, et il comptait pour cela un peu plus qu*il n eût fallu sur le concours de Févéque d'Hermopolis, sympathique et estimé, mais dépourvu d'autorité et de décision.

Restait l'opposition libérale, qui se disait dévouée aux Bourbons, et affectait alors l'orthodoxie constitutionnelle. Elle pouvait le faire dans une certaine mesure, ayant pour chef à la Chambre, non plus la Fayette ou Manuel, mais Casimir Périer et le général Foy. Cependant les chefs libéraux qui se soumettaient à la dynastie et ne songeaient^ pas à la renverser n'en avaient pas pour la Restauration plus de sympathie, et ils comptaient derrière eux dans le pays un parti nombreux, dont les préjugés, les et les rancunes étaient toujours en éveil. Depuis deux ou trois ans la passion irréligieuse, imprudemment ressuscitée, et d'ailleurs entretenue par les écrits de Courier, les chansons de Déranger, les réimpressions nombreuses des œuvres de Rousseau et de Voltaire, enfin par la polémique malsaine de journaux qui spéculaient sur l'incrédulité, avait fait un progrès énorme. On disait la guerre au clergé quand on n'osait la faire au gouvernement. Dès les premiers jours du règne de Charles X les funérailles de l'acteur Philippe, de la Porte Saint - Martin , causèrent une sorte d'émeute ; le peuple voulait contraindre le clergé à accorder

au mort ses prières et demander au Roi qu'il Ty contraignit.

La jeunesse libérale entrait de son côté en scène avec la prétention d'assurer les conquêtes de la Révolution. Pendant que les esprits ardents, empêchés d'agir, se jetaient, à Ja suite de Saint-Simon, dans les rêves de rénovation sociale, les esprits plus sensés, plus pratiques et plus modérés, sentaient la nécessité de répudier les folies du passé, et de s'attacher aux principes du gouvernement constitutionnel. Le Globe, dont le premier numéro parut le 15 septembre, veille de la mort de Louis XVIII, réunit les jeunes écrivains qui s'étaient déjà essayés avec succès en 1823 dans les Tablettes historiques, Thiers, Mignet, Rémusat, de Guizard, Dumon, Mahul, destinés presque tous à l'illustration politique. En peu de temps cette nouvelle publication, dont l'opposition ardente se déguisait sous une réserve habile, acquit une influence avec laquelle il feUut compter. Plus loin, derrière elle, venait, dans les autres journaux que leur nature pousse à l'extrême, cette opposition aveugle qui veut toujours ce que le gouvernement ne veut pas, prend le contrepied de toutes ses mesures et finit étalement par égaler à sa propre mauvaise foi la haine qu'elle lui porte.

II. Le premier acte important de Charles X fut peu heureux. Une ordonnance du 2 décembre prononça la mise à la retraite d'environ cent cinquante lieutenants généraux et cent maréchaux de camp. Elle était préparée depuis longtemps dans les cartons du ministère de la guerre ; plusieurs motifs en avaient retardé

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