‹ Histoire de la RestaurationChapitre 90 sur 256 · LIVIIE XIV. — LA SESSION DE 18J · texte numérisé non relu

LIVIIE XIV. — LA SESSION DE 18J

de Ëiire disparaître la défeveur qui pesait sur les biens nationaux, de leur rendre une valeur qu'ils ne reprenaient pas, et de concilier tout le monde à la monarchie en assurant aux uns, conformément aux promesses de la Charte, ce qu'ils avaient acquis; en rendant aux autres Téquivalent de ce qu'ils avaient perdu. C'avait toujours été un des grands chagrins de ^ouis XYIII de sentir qu'il avait été, lui, rétabli sur le trône de ses pères, et que les victimes de la Révolution, victimes souvent volontaires, gémissaient encore de spoliations et d'iniquités qui n'étaient pas réparées.

VillélCy qui se disait né pour achever les révolutions, tenait à attacher son nom à une loi qui devait réconcilier tous les intérêts. Il la prépara de concert avec Martignac, qu'il avait appelé à la direction des domaines. La loi, sagement conçue, devait s'étendre à toutes les confiscations d'immeubles fiaites par la Révolution, sans en distinguer les motifs, sans rechercher les personnes ni les opinions. Les revenus des biens confisqués, calculés pour l'année 1790, étaient estimés à 30 millions. On créait 30 millions de rentes 3 pour 100 au capital nominal d'un milliard. Un crédit de ce chiffre était ouvert au ministère des finances, et l'opération devait s'achever en cinq ans.

Martignac disait dans l'exposé des motifs, chefd'œuvre de prudence, d'habileté y d'élévation : m L'heureux état de nos finances et la puissance de notre crédit permettent enfin à la Restauration de sonder cette plaie saignante qui porte sur le corps entier, quoiqu'elle ne paraisse affecter qu'une de se^ parn. 18

ties. * Si Ton ne pouvait songer à réparer tous les malheurs causés par la Révolution, une réparation était indispensable pour les confiscations en masse, abus injustifiable de la force, pour la spoliation de cette partie du sol natal que la société doit protéger et garantir. « Il importe, ajoutait-il, qu'un exemple mémorable apprenne que les grandes injusticesdoivent obtenir avec le temps de grandes réparations. »

Les journaux s'emparèrent du , projet. L'opposition se récria sur Ténormité de la somme à payer. Elle soutint qu'on ne devait aucune faveur à des hommes qui s'étaient expatriés volontairement pour jEadre la guerre à leur pays. De Pradt écrivit une violente brochure contre les émigrés, et défendit la légitimité des confiscations. La Révolution avait &it d'autres victimes et de plus intéressantes, par exemple ceux qui avaient combattu pour repousser les invasions et les émigrés eux-mêmes, ceux qui avaient été ruinés par le maxîmum, la banqueroute et les assignats. La Chambre était composée d'émigrés qui allaient se voter leur propre indemnité. A ces arguments les défenseurs de l'émigration opposèrent un écrit de Lally publié en 1797, pour démontrer que l'émigration avait été forcée par l'insécurité et les troubles qui avaient commencé en 1789. En réalité la question de savoir si l'émigration avait été forcée ou volontaire était insoluble ; car il eût fallu statuer séparément sur chaque cas particulier. La violence inévitable des polémiques engagées réveilla d'ancienne spassions ; la proposition de la loi qui devait, selon Martignac, être une œuvre de paix, sembla rallumer la guerre civile. Elle remit

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