‹ Histoire de la RestaurationChapitre 92 sur 256 · LIVRE XIV. — LA SESSION DE · texte numérisé non relu

LIVRE XIV. — LA SESSION DE

regardaient le milliard que comme un à-compte. Foy s'attacha habilement à prouver que la restauration de la monarchie était indépendante du rétablissement des émigrés dans leurs biens ; que le trône était indiinsible et immuable, tandis que les propriétés particulières ne Tétaient pas. Il dit encore aux ministres que s'ils ne partageaient pas les théories de la droite, ils avaient le tort de ne pas les combattre, de leur donner ainsi une sorte d'acquiescement tacite, d'autoriser Finsulte aux propriétaires de biens nationaux, et de prouver leur faiblesse une fois de plus. Foy avait à la tribune des allures militaires et tous les dehors de l'orateur. Malgré une certaine rhétorique 'déclamatoire, il exerçait une fascination assez semblable à celle de Chateaubriand, et sa renommée était telle qu'on le comparait à Démosthène. Sa parole franche, ardente, quelquefois emportée, était toujours incisive et mordante. Villèle dut, pour détruire l'effet d'un tel discours, renouveler toutes ses déclarations précédentes.

Un député obscur de la droite, Duplessis de Grénédan, ressassa toutes les accusations portées contre la Révolution , qualifia les biens vendus de biens volés, déclara les ventes qui en avaient été feites nulles et de vains simulacres , puis attaqua la Charte et épilogua sur ses termes. Alexis de Noailles demanda qu'on mit fin à des récriminations et à des injures qui n'étaient plus de saison, puisque la légitimité et la liberté étaient également garanties. Il rappela tous les résultats heureux obtenus depuis dix ans, et plaida avec chaleur pour l'adoption d'une loi définitive. Ben-

jamiii Constant lui répondit en plaidant à son tour la cause de la Révolution, attaquée par les émigrés et leurs défenseurs. Il raconta avec esprit, mais avec encore plus de méchanceté et de fiel, l'histoire des émigrés sous les différents régimes qui s'étaient succédé, leur désobéissance à Louis XYI, leur soumission à TEmpire ; enfin il accusa le ministère de détruire la confiance en flétrissant les acquéreurs de biens nationaux et en leur disant : « Nous ne tous dépouillerons pas ; mais ne pas vous avoir dépouillés est un scandale.»

Villèle réfuta encore ces sophismes perfides. U répondit en même temps aux nombreux députés qui avaient critiqué son système d'évaluation ; il prouva^ par des raisons irréfutables, que ce système était le seul pratique et possible, tandis que tous ceux qu'on avait proposés à sa place, d'une manière plus oa moins spécieuse, ne l'étaient en aucune façon.

Le 23 février, on passa à la discussion des articles, en dépit des efforts de Labourdonnaye pour obtenir le renvoi du projet à la commission. Sur les articles, le débat fut encore plus pénible; il y eut une avalanche d'amendements tendant, soit à réduire les allocations, soit à les étendre à un plus grand nombre de personnes. Bazire fit ajouter à l'article premier que l'indemnité serait définitive et sans recours aux tribunaux. Le ministère et la commission acceptèrent cette disposition, qui complétait la loi et donnait une garantie pour l'avenir. D'autres amendements de la droite furent adoptés, entre autres celui du député Lastours, qui réduisait l'indemnité à dix-huit fois le revenu au

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