LIVRE XIV. — LA SESSION DE
pour rÉtat celui du 5 pour 100, qui augmentait d'un cinquième la rente payée aux ayants droit, mais diminuait d'autant le capital inscrit au grand-livre. Chateaubriand, toujours mal conseillé par ses rancunes, saisit cette occasion d'attaquer le projet. Mais Villèle défendit victorieusement son système dont toutes les parties se liaient, et la Pairie vota la loi le 21 avril, sans autre changement que l'addition de Tamendement Hay, repris par le rapporteur Portalis.
Cette addition obligea de la reporter devant la Chambre des députés. Villèle, n'ayant pu prévenir un débat nouveau, insista ainsi que Martignac pour qu'elle fût adoptée sans réserve, ce qu'il obtint, le 24 avril. Le ministère nomma ensuite une grande commission composée de membres des deux Chambres pour veiller aux détails de l'opération.
En réalité on distribua non 30 millions de rente, mais 26, qui, au cours de 75 francs, représentèrent un capital de 625 millions, inférieur au chiffre de l'inscription autorisée.
Ces débats passionnèrent les esprits; mais si d'autres circonstances n'étaient venues entretenir les haines et les envenimer encore, l'effervescence eût été passagère. Le gouvernement avait raison. La mesure était de bonne politique, et Villèle sut lui maintenir son véritable caractère, quoiqu'il eût été forcé de faire à regret quelques concessions à la droite. L'événement prouva la justesse de ses calculs ; les résultats financiers furent ceux qu'il avait annoncés et prédits. Le temps fit justice de critiques aussi peu fondées que généralement malveillantes.
IV. Le projet de conversion des rentes, très-remanië, fut soumis à la Chambre des députés dès le mois de mars. L'emploi du 3 pour 100, consacré d'ailleurs indirectement par la loi d'indemnité, était maintenu; mais les rentiers avaient la faculté de choisir entre le 3 pour 100 ou le 4 et demi, ce dernier fonds étant garanti pendant cinq ans contre toute réduction nouvelle ; ce qui répondait à Tune des principales objections faites au premier projet. Villèle avait ajouté deux autres dispositions importantes : Tune statuait que l'amortissement, auquel on ne devait pas toucher parce qu'il était plus nécessaire que jamais, ne pourrait racheter que des rentes au-dessous du pair; l'autre, que toute diminution de la dette obtenue par le fonctionnement de l'amortissement servirait à dégrever d'autant les contributions directes.
La loi ainsi modifiée ne prétait plus aux anciennes objections ; elle écartait l'intervention vue avec défaveur d'une compagnie financière et semblait devoir éti'e facilement adoptée. Elle n'en fut pas moins combattue à outrance par les ennemis du ministère, qui se coalisèrent dans l'espérance de le renverser. Bourdeau, Labourdonnaye, Labbey de Pompières, Bertin, rédacteur en chef du Journal des Débats, l'attaquèrent sans réserve. Leurs grands arguments furent que le loyer des fonds n'était pas à 4 pour 100 comme on le prétendait, et qu'elle était une loi de jeu et d'agiotage. Les banquiers qui s'étaient chargés de 5 pour 100 l'année précédente voulaient à tout prix se dégager; les rentiers seraient donc les victimes des ybr/5 opé' valeurs, « Si la loi succombe, dit Bertin par allusion