‹ Histoire de la RestaurationChapitre 96 sur 256 · LIVRE XIV. — LA SESSION DE 18Î · texte numérisé non relu

LIVRE XIV. — LA SESSION DE 18Î

entendre qu'Ouvrard et ses agents avaient <iû corrompre certains fonctionnaires, civils ou militaires.

Le ministère s'était hâté de traduire les accusés devant les tribunaux. Mais Tinstruction judiciaire ne pouvait préjudicier à l'action des Chambres. Or la commission était unanime à censurer les marchés à cause de leur caractère onéreux. Elle accusait des dilapidations dont elle ne nommait pas les auteurs. Ses insinuations semblaient frapper T état-major du duc d^Angouléme. La responsabilité même du ministère était en jeu. Villèle fut très-embarrassé ; il ne voulait ni rejeter la faute sur le maréchal de Bellune, dont rincurie avait rendu les marchés nécessaires, ni incriminer Tétat-major du prince, qui avait mis un peu trop d^empressement à les accepter. Il se vit donc obligé à des réserves qui favorisèrent les attaques de ses adversaires.

Labourdonnaye s'en prit à lui personnellement, et renouvela avec son ordinaire aigreur toutes les accusations d'imprévoyance qu'il lui avait antérieurement adressées ; on avait une preuve de plus que le président du conseil avait toujours marché sans système et sans plan. Le général Foy s'étonna qu'on eût regardé en 1823 Ouvrard comme l'homme indispensable, et qu'il fût maintenant par une décision récente écroué à la Conciergerie. Méchin et Casimir Périer demandèrent une nouvelle enquête législative parallèle à l'enquête judiciaire., pour faire la lumière sur une situation pleine d'obscurités et d'énigmes. . Villèle réclama pour lui-même toute la responsabilité. Fidèle à la discrétion qu'il s'était imposée, il se

contenta de relever certaines contradictions de ses adversaires. II insista sur le devoir de la Chambre d'approuver les comptes, auxquels l'instruction judiciaire ne devait et ne pouvait rien changer. Il combattit toute demande d'ajournement, y voyant un acte de suspicion vis-à-vis du cabinet. Comme il lui était difficile de répondre à certaines attaques trop personnellesy Corbière s'en chargea, le disculpa d'avoir usurpé, amsi qu'on le prétendait, les attributions du ministre de la guerre, et prouva par des pièces que Bellune avait pris part à tous les actes du cabinet.

Le débat n'était nullement dans l'intérêt des royalistes. Un député de la droite, Boisbertrand, s'efforça de le Éaire sentir ; il parla très-vivement contre le besoin de fronde qui était devenu une manie générale ; il rappela tous les services que le ministère avait rendus, et s'exprima sévèrement sur les amis du gouvernement, qui l'attaquaient sans réserve. Mais Labourdonnaye ne se rendit pas; l'occasion pour lui était trop belle, et il tenait à compromettre Villèle avec le Dauphin.

La Chambre finit par donner l'approbation des comptes demandée par les ministres j mais comme le compte de liquidation n'était pas arrêté, elle le réserva pour l'année suivante, ce qui était réserver une troisième discussion. Villèle accepta cette résolution en silence. Il était à demi battu ; car, en sollicitant de la Chambre un vote définitif, il avait posé une véritable question de confiance.

Le débat de la Chambre des pairs lui fut encore plus défiai vorable. Le duc d'Angoulême se sentait

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