‹ Histoire de la restauration, du règne de Louis-Philippe et de la révolution de Février 1848 jusqu'à l'élection du président de la républiqueChapitre 12 sur 16 · X. VI. îî · texte numérisé non relu

X. VI. îî

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des Bourbons. Charles X n’était plus désormais qu’un simple particulier, sous le nom de comte de Pontliieu. Son successeur, Louis-Philippe, ne se crut réellement roi des Français, que quand le télégraphe lui eut appris le départ des Bourbons de la branche aînée; jusque-lh, il pouvait craindre que l’œuvre de la chambre des députés ne fût pas sanctionnée par le pays, au nom duquel on avait agi sans le consulter. Mais, comme Charles X et sa famille semblaient s'èlre résignés les premiers à subir celte usurpation, leurs partisans les plus dévoués n’osèrent pas même faine acte de résistance. Le général Despinois, qui voulut appeler aux armes la Vendée, fut chassé honteusement , avant d'avoir pu rassembler une bande de paysans; à Ntiues, et dans plusieurs villes du Midi, le royalisme de 4 81 G essaya en vain de rallumer la guerre civile entre les catholiques elles protestants; il y eut, à Strasbourg, à Meta et dans quelques villes de garnison, un simulacre de collision outre le peuple et la troupe ; mais oes troubles passagers s’apaisèrent d'eux-mémes, lorsqu'on fut bien convaincu que la résistance manquait de chefs, sinon de soldats. La révolution avait été acceptée par tous lus départements comme un fait accompli et irrévocable; la royauté de Louis-Philippe ne renoonlru donc pas d’opposition éclatante : les plus hardis se bornaient à murmurer. L'enthousiaste admiration, la vive sympathie, que le lieutenant-général du royaume avait su inspirer pour sa persouue aux habitants de Paris, s’ôtait propagée rapidement d’uu bout à l’autre delà France, et la commune la plus obscure leuait à honneur d’envoyer une députation de sa garde nationale pour complimenter le nouveau roi. Pas une voix menaçante ne s'élevait parmi ce concert de félicitations municipales. Le cri de rire le roi! retentissait sans cesse dans l'intérieur et aux alentours du Palais- Royal. Louis-Philippe était acoessibie à tout le monde ; il se montrait au peuple qui ne se lassait pas de le voir; il se mêlait & la fouie qui i’enveloppait avec amour; il prodiguait avec une inévitable séduction ses paroles, ses sourires, ses poignées de main. Pendant plus de quinze jours, le roi el La Fayette semblèrent partager la même popularité. Le Palais-Royal était toujours plein de gardes nationaux, d'officiers de l'armée, de magistrats, de jeunes gens des Écoles, de délégués des départements; toute cette cohue mangeait à la table du roi. Louis-Philippe eut beaucoup de peine i se délivrer des familiarités importunes qui s’étaient attachées à lui sous les auspices de la cocarde tricolore. Dès que sa réputation de roi-boergeoit lui parut suffisamment établie dans l’opinion, il ferma sa porte aux intrigants et aux indiscrets subalternes; il évita de sortir à pied, seul ou avec la reiue, le parapluie sous le bras; il sc montra plus rarement en 'public, et il rechercha moins les ovations populaires. Il avait pris d’une main énergique le maniement des affaires de l’État, et, sous l'inspiration de Talleyrand, qu’il écoulait comme un oracle, il assura d’abord la durée de son gouvernement, en commençant i correspondre lui-méme avec tous les souverains de l'Europe. 11 avait assez d’adresse et d’uslucc, pour que ces correspondances secrétes, sans le corn-

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promcllre jamais, eussent pour résultat de maintenir les traités de ta Sainte* Alliance et de le faire accepter comme roi par les souverains absolus de l’Autricho,de la Prusse et de la Russie. Cefutlàle triomphe de Louis-Philippe, et l'on peut croire que le prince de Bènévent,qui avait fait deux Restaurations, au nom de la légitimité, ne contribua pas peu à fonder sur les bases do la quasi-légitimité, la nouvelle monarchie, malgré la vice de son origine insurrectionnelle et usurpatrice.

Louis-Philippe avait constitué définitivement son ministère, composé des hommes qui s’étaient employés le plus activement à le faire roi : Casimir Péricr, Lafitte, Dupin aîné et Bignon furent nommés ministres sans portefeuilles; le général Gérard garda le département de la guerre; Guizot, celui de l'intérieur; le baron Louis, les finances; Dupont de l’Eure, la justice; le duc do Broglie fut appelé à l’instruction publique; le comte Molé, aux affaires étrangères; Sébastinni, h la marine. Un seul de ces ministres, Dupont de l'Eure, appartenait à l’opinion radicale qui n’avait appuyé ou plutôt toléré la royauté constitutionnelle de la brancho cadette des Bourbons, que comme une transaction avec la République. Les autres ministres étaient tous, à différents degrés, exclusivement royalistes. Le roi so réserva pour sa part la présidence effective du conseil des ministres. La Fayette, que l’on écarta soigneusement * du cabinet, dans lequel ses idées n'étaient que trop représentées par son ami Dupont, se trouva satisfait du titre do commandant général des gardes nationales du royaume, et son ambition n’alla point au delà de ce commandement qui équivalait à un partage du pouvoir royal. La plupart des députés et des pairs qui avaient servi de près ou de loin à l’élévation du duc d’Orléans, devinrent les grands fonctionnaires de la nouvelle dynastie et furent dés lors les plus intéressés à sa conservation : Dupin aîné, Bernard de Rennes, Barthe, de Schonen s’établirent procureurs-généraux prés la cour des comptes, le tribunal de première instance, la cour royale et la cour de cassation ; Odilon Barrot essaya de la préfecture do la Seine ; le maréchal Jourdan prit sa retraite de ministre, en passant au gouvernement des invalides; Daunou s’empara des Archives du royaume ; Benjamin Constant se laissa placer au conseil d’État, avec le titre de président du comité de législation et un traitement de trente mille francs. Louis-Philippe s’empressa d'user de sa prérogative de roi pour rendre la pairie au maréchal Soult et au vice-amiral Duperré, qui se voyaient exclus de la Chambre comme pairs nommés par Charles X; ce n’était point assez pour payer des dettes antérieures à la révolution des Trois Jours ; il promut Duperré au rang d’amiral, et le général Gérard, au rang de maréchal.

La reconnaissance du duc d’Orléans se manifesta dans les premiers actes du roi Louis-Philippe. De nombreuses destitutions, des démissions plus nombreuses encore, créèrent une foule de places à donner dans l’ordre administratif et judiciaire. Les préfets et sous-préfets furent recrutés parmi les journalistes et les jeunes avocats qui avaient joué un rôle actif ou du moins nominatif dans l’insurrection, dans ses préludes ou dans ses suites. Tous les

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services rendus à ln cause libérale, bonapartiste ou républicaine, depuis 18H, étaient des droits qu’on faisait valoir avec succès; la faveur du nouveau gouvernement se portait de préférence sur les ennemis du gouvernement déchu, sans leur demander d’autre garantie que leurs actes d’opposilion pendant dixsept ans. Voilà comment Louis-Philippe se créa tout d’abord un parti considérable, en prenant sous sa protection tous les partis qui avaient attaqué le trône de Louis XVIII et de Charles X. Il ne songea d’abord qu’à augmenter le plus possible le nombre de scs créatures, et il eut soin de faire attribuer, surtout aux combattants de Juillet, aux jeunes républicains et aux carbonari de la Restauration, des emplois qui les éloignaient de la capitale et de leurs habitudes politiques. On affaiblit ainsi, à sa naissance, une opposition républicaine, qui avait déjà écrit sur son drapeau Programme de l’ llâlel-de-Yille, et qui réclamait, dans scs clubs, par ses affiches et ses écrits, les conséquences de la révolution de Juillet. Cette opposition, ou plutôt cette conspiration à ciel ouvert n’eut d’abord pour chefs que des agitateurs inconnus, et son influence n’avait encore aucune action sur le peuple, qui sifflait ou injuriait les orateurs démagogues de ce naissant jacobinisme. La royauté de Louis-Philippe se consolida promptement, en faisant cause commune d’iulérét avec les innombrables positions qu’elle avait faites dans toutes les parties de l’administration qu’elle renouvela de fond en comble. Pendant que le roi des Français se hâtait de fortifler son trône et d'assujettir sa couronne, tandis qu’il distribuait des fusils aux gardes nationales et des places aux solliciteurs sortis des Barricades, le vieux duc de Bourbon, qu’il retenait dans son royaume, comme un otage précieux, comme une juslilicalion vivante de sa conduite, lui échappa de la manière la plus imprévue. Ce malheureux prince avait été trouvé mort dans sa chambre, au château de Saint-Leu, le matin du 27 août : le cadavre était suspendu par une cravate à l’espagnolette d’une croisée; sa face violacée et sa langue sortant de la bouche, ainsi que l’empreinte de la cravattc autour du cou, témoignaient qu’il avait péri par strangulation ; mais la pose du corps, scs genoux ployés, scs pieds effleurant le tapis, et d'autres indices ne permettaient guère de soupçonner qu’il se fût pendu lui-méme. Les soupçons à cet égard ne furent pas détruits par les recherches de la justice qui ne voulut constater qu’un suicide dans la triste Un du duc de Bourbon. Les esprits étaient encore trop agités à l’époque de ce tragique épisode de la Révolution, pour qu’on s’en occupât longtemps, et pour qu’on cherchât à démêler la vérité dans le mystère de cette nuit fatale qui avait élé témoin do la pendaison du dernier des Condé. L’impression générale du moment dénonçait un assassinat. La baronne de Feuchères, maitresse du prince, fut la première personne que l’opinion publique accusa. On apprit que le duc de Bourbon, obéissant tardivement à sa conscience qui lui disait que sa présence en France le faisait complice de l’usurpation, avait dû partir pour l'Angleterre, à l’heure même où il fut trouvé pendu ; on apprit aussi que son testament olographe, daté du 20 août 1829, instituait légataire universel le

duc d’ Aumale, quatrième fils du duc d'Orléans, à la réserve de douze è quinze millions donnes à la baronne deFeuchères. Letestamentet le magnifique héritage qu’il faisait passer dans la maison d’Orléans, offraient un fâcheux rapprochement avec celle fuite que lo pauvre prince avait préméditée, et que la mort ne lui avait pas permis d’exécuter. On ne douta plus quo cette mort subito n’eût été le seul moyen d’cmpécher et son départ et l’annulation deson testament. Les plus sévères amis du roi furent chagrins de le voir si particulièrement servi par l’è-propos d’une pareille catastrophe; ils regrettèrent qu’un princo d'Orléans fût enrichi par l’entremise d’une femme tarée et des complices d’un lâche guet-apens. La calomnie s’empara de ce qu’il y avait d’étrango et do scandaleux dans ces coïncidences de hasard, pour faire remonter ses accusations jusqu’au roi. L’opinion n’eut pas le temps do s’appesantir alors sur les circonstances fâcheuses de la mort du duc de Bourbon ; mais le scandale n’éclata que plus terrible deux ans après, lorsque les tribunaux retentirent des détails secrets de cette déplorable affaire. Dès ce moment, le parti légitimiste se fit contre Louis-Philippe une arme perfide et empoisonnée du testament qu’un procès célèbre valida néanmoins, en déclarant que la mort du testateur ne présentait pas des charges suffisantes pour qu’on autorisât uno poursuite criminelle. Le dernier des Condé fut le dernier Bourbon qui alla reposer dans les caveaux de Saint-Denis, auprès de Louis XVIII.

Les royalistes fidèles n'osaient pas encore élever la voix dans les Chambres et dans les journaux ; les plus courageux s’en tenaient à des protestations vagues; quelques-uns se retirèrent avec dignité, quand on les mit dans la nécessité de prêter serment à Louis-Philippe; les autres pairs ou députés prêtèrent ce serment du bout des lèvres, par un accommodement de conscience qui se couvrait de motifs spécieux, et qui se justifiait par cas de force majeure. On aurait dû épargner la torture d’un mensonge public à de vieux serviteurs de la monarchie tombée; mais le parti qui dominait dans les deux Chambres sembla se faire un malin plaisir de la cruelle épreuve à laquelle il soumettait la probité politique des royalistes de la branche aînée. La raison déterminante, qui avait porté le ministère à demander lo serment, se fondait sur la nécessité d’annuler tout â fait l'opposition légitimiste dans les deux Chambres, au moment où de nouvelles élections allaient remplir les vides quo de nombreuses démissions avaient laissés sur les bancs de l’assemblée législative. « Nous avons cc que nous avons toujours désiré, dit Benjamin Constant, ce qui seul nous paraissait juste et raisonnable, un roi-citoyen, roi par le vœu du peuple, acceptant les conditions que les représentants du peuple ont déclaré être la base de son pouvoir. Il faut que le serment qui nous lio exprime notre adhésion à ce régime de justiceel de droit; il faut que ce serment lie messieurs les pairs comme les députés. » Quand Benjamin Constant parlait ainsi , il n’y avait pas encore trace, à la chambre des députés, de cc parti du mouvement qui commentait à se produire dans la rédaction du National cl de quelques journaux de diverses couleurs. Le serment exigé n’amena pas

tous les refus qu’on attendait ; le duc de Filz-James, il la chambre des pairs, Marlignac, à la chambre des députés, triomphèrent des répugnances et des hésitations de la plupart de leurs amis : d’après leur conseil, et à leur exemple, le serment fut prêté avec plus ou moins de réticence. L’essai avait trop bien réussi pour qu’on n’étcndlt pas les exigences du serment A tous les fonctionnaires publics. Ce procédé ingénieux dépassa toutes les espérances, en provoquant une multitude de démissions, surtout dans la magistrature, et en donnant des ploccs aux hommes nouveaux qui ne demandaient qu’il jurer iidélité au roi et obéissance il la Charte constitutionnelle, pour arriver aux honneurs et à la fortune. Ceux que leur intérêt personnel avait attachés au pouvoir naissant, et dont l’ambition faisait déjè cause commune avec lui, formèrent autour de la royauté de Juillet un parti que l’égoïsme seul recruta d’abord et que le savoir-faire politique organisa plus tard : cc fut le parti de la résistance, qui opposait une sorte de barrière aux entraînements de la liberté, et qui arrêtait les tendances de l’esprit révolutionnaire dans les limites étroites de la Charte modifiée. La majorité du ministère devait naturellement se prononcer en faveur do ce parti, suivant lequel rien n’était changé en France, à l’exception de quelques articles de la Charte et de la personne du roi. Mais un parti contraire n’avait pas tardé à rassembler les éléments divers d’une opposition menaçante, qui Déclamait à la fois les conséquences de la Révolution et les promesses do l’Hôtel-dc-Ville ; ce parti , que vinrent bientôt grossir les mécontents de tous lesdrapeaux, s’intitula parti (lu mouvement et justifia son titre en plaçant son centre d’action dans les sociétés populaires. La chambre des députés ne resta pas longtemps unie d’intention dans scs actes, et l’on vit graduellement se dessiner les nuances d’opinions antipathiques qui s’étalent confondues et comme effacées un moment dans une pensée unanime de protestation et de lutte contre Charles X et ses ministres. La bonne intelligence ne fut pas de longue durée entre les uns, qui avaient joué un rôle actif dans l’insurrection, et les autres, qui s'étalent associés ô sa victoire pour en profiter les premiers. Dés le 30 août, Mauguin donnait , pour ainsi dire, le signal à l’opposition nouvelle qu’il plaçait sur le terrain du progrès politique : « Qu’entendez-vous par une opinion trop ardente? disait-il aux ministres de Louis-Philippe ; no serait-ce point par hasard une opinion qui dépasserait la vôtre? Prcncz-y garde, vous devez gouverner selon l’opinon nationale, cl si l’opinion nationalo va plus loin que vous, c’est vous qui devez changer; car nous ne changerons pas la nation. » C’était le mouvement qui déclarait la guerre à la résistance. Dupin aine releva le gant, au nom de scs collègues du cabinet : « Puisquo les trésors de la liberté nous sont ouverts, dit-il , sachons y puiser toute ccllo qui nous est nécessaire, mais sans aller au dêlü, de peur de compromettre la liberté elle-même. » Le parti delà résistance avait pour lui le nombre et la force : il décida que les députés non démissionnaires conserveraient leur mandat et n’iraient pas sc soumettre aux chances d'une rér élection générale, comme le voulaient Mauguin, Salvertc, de Podenas et De-

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mnrcay qui demandèrent en vain la réforme complète du système électoral, l'abaissement du cens et l'extension des droits électoraux. La Chambre se contenta d’abolir le double vote pour les élections partielles que nécessitait la démission volontaire des députés légitimistes ou leur refus de prêter serment. Ces élections, qui eurent lieu sous l'impression passionnée des derniers événements, introduisirent sur la scène législative quelques hommes que ces événements avaient mis en évidence, entre autres le journaliste Th iers que Lafitte, son Mécènes politique, se chargea de faire éligible, et que le ministère accepta pour candidat, en dépit des fougues républicaines de sa belle Histoire de la Révolution Française.

Le ministère et la Chambre étaient également indécis sur les réformes qu’ils devaient provoquer dans la législation existante; ils sentaient quo la révolution qui venait de s’accomplir leur imposait de nouveaux devoirs; et ceux-là même qui avaient déjà profité do celte révolution, reconnaissaient en principe que lo peuple avait droit d’en profiter aussi ; mais l’initiative no partait pas plus do la Chambre que du ministère. On se borna donc, de part et d’autre, à des projots vagues, à des propositions restreintes; de part et d’autre, on semblait avoir à cœur do donner satisfaction à l’opinion publique. Salvertc avait proposé d’accuser de haute trahison les ministres de Charles X (13 août); de Tracy proposait en même temps d’abolir la peine de mort : • Depuis uos orages politiques, s’écria La Fayette, j’éprouve uno invincible horreur pour la peine de mort. > Pour que la liberté de la presse ne fût pas un vain mol écrit dans la Charte et rayé dans la loi. Benjamin Constant demanda que l’imprimerie fût délivrée des entraves qui gênaient son exercice ; Bavoux, quo le cautionnement des journaux fût réduit des trois quarts; Alexandre de Labordo, que le jugement des délits de presse fût soumis au verdict du jury. Le ministère, de son cété, présenta plusieurs projets de loi qui répondaient au vœu national et qui furent adoptés presque sans contestation : une somme de plusieurs millions pourvut aux récompenses et aux pensions à distribuer entre les combattants et les blessés des Trois Jours; une autre somme de huit millions donna des secours aux ouvriers sans ouvrage et des ressources aux travaux publies ; la loi de proscription du I S janvier 1816, dite loi d’amnistie, fut abrogée, et les bonapartistes exilés, aussi bien que les régicides, purent rentrer en France; l’amnistie ne s’étendit pas toutefois aux membres de la famillo Bonaparte, qui restèrent proscrits de même que les Bourbons de la branche ainée : « Ce n’est pas par des mesures qui blessent aussi profondément d’honorables consciences, dit Berrycr, que l’on peut espérer de fonder en France une ère de liberté glorieuse! » La chambre des pairs voulut imiter celle des députés, en se popularisant par ses premiers actes : elle n’imagina rien de mieux que d’abroger la fameuse loi du sacrilège, comme pour indiquer qu’elle avait rompu complètement avec l’absolulisme religieux et politique de la Restauration. Mais ce n’étaient là que des manœuvres insignifiantes pour amuser et distraire l’opinion. Le procès des ministres de Charles X, que

la chambre des députés avait déféré à la chambre des pairs transformée en haute cour de justice, ce procès, que l’arrestation de quatre de ces ministres, le prince de Polignac, de Peyronnet , de Chantelauze et Guernon de Ranville, rendait inévitable d’ailleurs, ne fut vraisemblablement, dans l'esprit de ceux

qui l’ordonnèrent, qu’un moyen tout naturel de concentrer sur ce point la préoccupation du pays et de la détourner ainsi des grandes questions politiques que le gouvernement n'avait pas encore résolues. La situation de la France était fort grave, vis-à-vis de l’Europe et vis-à-vis d’elle-mémo. A l'extérieur, si la révolution de Paris avait été accueillie avec enthousiasme et avec joie par tous les peuples, tous les gouvernements étaient d’accord pour la condamner et pour la maudire : la Sainte-Alliance, qu’elle attaquait au cœur dans ses principes fondamentaux, méditait déjà sa perte, et l’on pouvait voir de loin, à l’horizon diplomatique, se lever une nouvelle coalition des rois contre la France de Juillet. A l'intérieur, le gouvernement de Louis-Philippe, quelle que fût sa popularité, avait à craindre non -seulement celle formidable coalition des souverains étrangers, mais encore, mais surtout la ligue des partis extrêmes, la conspiration flagrante des républicains organisés en sociétés secrètes, les complots audacieux des bonapartistes, la sourde et permanente opposition des légitimistes et enlin l’impatience agressive des ultralibéraux. Le gouvernement, menacé et attaqué de tous côtés à la fois, se voyait sans armée, sans materiel de guerre et sans finances, au milieu des souffrances et de la ruine de tous les intérêts particuliers. La Révolution avait porté un coup terrible à l’industrie et au commerce, dont la prospérité factice, fondée sur le crédit, s’écroula en quelques semaines; la Bourse, où la spéculation soutenait le cours de la rente, essayait inutilement de maintenir la confiance et de protester contre la crise commerciale; les faillites se succédaient ou s’entraînaient l’une par l'autre, et les plus fortes maisons de banque étaient emportées par le torrent. Ce fut pour aider et pour sauver ce qui était encore debout dans ce grand naufrage, que le ministère demanda un crédit extraordinaire de soixante millions, que les économistes de la Chambre réduisirent à trente, fort inégalement répartis, entre les industriels et les commerçants, en prêts sur dépôts de marchandises et de valeurs. Une grande partie de celte somme fut perdue pour l'Etat, mais die servit du moins de digue au débordement des faillites et elle arrêta la panique dans le monde financier. Le ministère, à l’cxcmplo des ministères précédents, ne paraissait pas s’inquiéter beaucoup de l’augmentation annuelle du budget, qui avait dépassé enfin les bornes d'un milliard et qui marchait à grands pas vers onze cents millions; ce qui n’empêcha pas le ministre des finances de dire à la Chambre (18 septembre) : « Notre situation est donc rassurante cl deviendra chaque jour meilleure. » En attendant , la perception des impôts, suspendue cl troublée dans plusieurs départements, n’était pas encore rétablie partout. Le ministère laissait le roi, de concert avec Talleyrand, diriger la politique extérieure et plaider la cause de sa royauté au tribunal secret de la Sainte-

Alliance ; il déployait un zèle louable et intelligent à mettre la France on état de défendre ses frontières et d'opposer une armée de un million huit cent mille hommes à la coalition des rois; cinq cent mille fusils furent distribués aux gardes nationales dont La Fayette était le génie organisateur; la fabrication des armes de guerre, qui avait pris une activité patriotique, ne suffisait pas à ce besoin d’armement général : on pensait à faire acheter des fusils en Angleterre ; les cadres de l’armée régulière avaient reçu d’immenses développements : on eût dit que la France guerrière allait de nouveau passer le Rhin et s’élancer sur l’Europe. Malgré la prévision de ces grands événements, le ministère crut prudent et utile d’étouffer la propagande des sociétés populaires qui cntrelenaient l’élan national et tenaient, pour ainsi dire, le pcuplo en haleine; il savait que la garde nationale et la bourgeoisie, sur lesquelles s’appuyait le trône de Juillet, n’avaient aucune sympathie pour les idées républicaines, et il eut le tort de forliûer ces idées, sinon de les répandre, en les persécutant : il fit fermer les clubs, et le président de la société des Amis du Peuple, l’audacieux lluber, osa dire aux juges qui le condamnaient : « C’est un étrange spectacle que de voir citer devant vous, deux mois après la révolution du 29 Juillet, des personnes qui n’ont pas été étrangères au succès de nos grandes Journées! » L’écho de ces sociétés populaires commençait à retentir dans la chambre des députés : Benjamin Constant, Demarçay, deCorcellcs, de Salvcrte, reprochèrent aux ministres de déployer tant de fureur contre des hommes qui peuvent avoir des opinions exaltées, mais dont les intentions sont pures, et dont le désintéressement n'a été mis en doute par qui que ce soit. Le ministre de l’intérieur, Guizot, avait signalé le danger des sociétés populaires, qu’il accusait de « prolonger cet état de trouble et de violence qui accompagne toujours les révolutions » ; il trouva là occasion d'exprimer franchement et noblement ses principes politiques : « Nous aimons le progrès, dit-il , le mouvement progressif. Il n’est personne auquel les progrès de la société et de l’humanité soient plus chers qu’à nous, mais le désordre n’est pas le mouvement, le trouble n’est pas le progrès, l’élat révolutionnaire n’est pas l’état ascendant de la société. * Le ministère n’était malheureusement pas unanime de principe et de volonté : scs éléments hétérogènes, toujours prêts à entrer en lutte, ne se soumettaient à une marche uniforme, que sous la main habile du roi , qui était le véritable président du conseil ; Dupont de l’Eure, à lui seul, balançait l’action de tout le cabinet, et il se heurtait sans cesse à la prérogative royale que Louis-Philippe sc montrait jaloux de conserver : de là des tiraillements, des chocs et des embarras qui sc faisaient sentir à chaque instant dans les actes du ministère, et qui autorisèrent Benjamin Constant, étonné do son alliance avec lui , à l’accuser de faiblesse, d’hésitation et de lenteur (39 septembre). Cette lenteur, cette hésitation, cette apparenco de faiblesse étaient les caractères distinctifs -de la politique personnelle du roi, qui gouvernait seul sous le nom et la responsabilité de scs ministres.

Les circonstances avaient merveilleusement secondé celle politique d’cxpcc-

talive. Tandis que Louis-Philippe, dans ses correspondances autographes, s’excusait auprès des rois de la Sainte-Alliance d’avoir accepté la couronne en déférant au vœu national ; tandis que ses agents extraordinaires ne rece vaient qu’un accueil froid et presque insultant dans les cours de Berlin, de Vienne et de Saint-Pétersbourg, la Révolution, inaugurée à Paris par la victoire du peuple, s’était mise en marche pour visiter l’un après l’autre les états . de l'Europe : elle ne rencontra pas partout le même triomphe, mais partout ello ébranla profondément les bases des gouvernements établis. L’admiration provoqua l’esprit d’imitation, et chaque pays, chaque ville, voulut avoir aussi son mouvement populaire. Colui qui éclata le premier, sans dou le à l'instigation d’émissaires envoyés de Paris, commença, dans la nuit du 25 août, à Bruxelles, après une représentation de l’opéra delà if utile, qui avait fait vibrer dans l’àme des spectateurs l’amour de la liberté et de la patrie ; la populace se mit de la partie en criant : Imitons les Parisiens, et en brûlant l’hôtel du ministre de la justico, VanMaanen, qui avait fait condamner naguère ù huit années de bannissement un publicislcdistingué, de Potier, pour le punir d’avoir provoqué la séparation de la Belgique et de la Hollande. L'incendie et le pillage de plusieurs maisons forcèrent la troupe A faire usage de ses armes; la populace résista et combattit avec intrépidité. Il fallut que la bourgeoisie, par instinct de conservation, s’interposât entro le peuplo cl la troupe, pour arrêter l’effusion du sang. La formation d’une garde bourgeoise, aux cris de vive lu liberté, et l’adoption du drapeau brabançon, aux trois couleurs rouge, jaune et noiro, consacrèrent l’indépendance de la capitale belge. Les principales villes, Gand, Louvain, Liège, répondirent avec transport au signal de Bruxelles : la Belgique sc trouva presque tout entière au pouvoir de ses habitants. Des négociations furent entamées, à La Haye, avec le roi de Hollande, qui ne paraissait pas d’abord trop éloigné d’accéder aux conditions d’arrangement que l’hôtel-dcville de Bruxelles lui proposait. Dès ee moment, la disjonction détlnitivect complète des deux pays belgo et hollandais était à peu prés convenue. Le princo d’Orange et le prince Frédéric, sou frère, ne se rendirent pas moins h la télé des troupes hollandaises, pour reprendre possession de Bruxelles. Cette ville avait été mise en état do soutenir un siège : ses portes, scs boulevards, scs rues étaient défendus par des barricades et de solides retranchements ; la population, qui avait retrouvé son drapeau national , s’arma tout entière pour repousser les Hollandais. Le prince d'Orange essaya de réconcilier les Belges avec son père, mais le prince Frédéric avait reçu l’ordre d'entrer do vive force a Bruxelles et d’y rétablir l’aulorité du roi de Hollande : son armée, forte de dix mille hommes et do vingt-six canons, attaqua la tille le 23, et pénétra jusqu’au Parc, sans pouvoir forcer les barricades que défendaient la garde bourgeoiso et le peuple. Le combat dura trois jours et trois nuits, pendant lesquels la fusillade et le tocsin ne cessèrent pas un instant. Il n'y eut pas plus de deux cents morts et de trois cents blessés dans les deux partis. L’enthousiasme augmentait chez les Belges, à mesure que le découra

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gement so glissait parmi les Hollandais. Ceux-ci craignirent d’étre enfermas bd milieu des masses d’ennemis qui accouraient de toutes parts nu secours de Bruxelles; ils manquaient , d’ailleurs, do vivres et de munitions; iis opérèrent leur retraite la faveur de In nuit et reculèrent graduellement jusqu’aux frontières do la Belgique, poursuivis par les populations soulevées. La Belgique était désormais affranchie ; un gouvernement provisoire, composé de patriotes éprouvés avait été créé pendant la bataille de Bruxelles, et de Potier, auteur moral de cetto révolution, était revenu d’exil pour prendre en main la direction des affaires. Quatre partis se disputèrent alors le terrnin delà révolution, comme pour imiter encore les Parisiens : l’un voulait la république; l’autre, la réunion à la France; le troisième, le gouvernement du prince d’Orange, en qualité de vice-roi; le quatrième, une monarchie constitutionnelle avec une charte et un prince étranger, élu roi par la nation. Ce dernier parti, qui s’appuyait sur la haute bourgeoisie et qui exploitait l’orgueil de la nationalité belge, ne tarda pas à devenir plus puissant que les trois autres ; Félix de Mcrode était son principal chef, parmi les membres du gouvernement provisoire ; de Potter personnifiait le parti de la république, comme Charles Rogier, Gendebien et Van de Weycr représentaient ouvertement le parti de la réunion à la France. Quant au parti orangistedont l’avocat Charles de Brouckère passait pour être le conseiller secret, il ne sc révélait que par des menées souterraines et des ruses de guerre anonymes. Le roi de Hollande avait appelé scs sujets aux armes, tandis qu’il réclamait l'intervention des puissances signataires des traités de Paris et de Vienne, qui avaient constitué le royaume des Pays-Bas. Cette demande d’intervention fut examinée dans la conférence qui s’ouvrit à Londres entre les plénipotentiaires des cinq puissances, et le principe de non-intervention triompha, malgré le mauvais vouloir coalisé de la Russie, de l’Autriche et de la Prusse. Peu de jours après que la ville d’Anvers sc fût affranchie de la domination hollandaise, sous le feu delà citadelle et de l’escadre qui la bombardaient, la conférence de Londres (4 novembre) ordonna la cessation des hostilités et traça les limites dans lesquelles chacune des parties belligérantes devait attendre la séparation définitive des deux états et des deux peuples. On ne continua pas moins, dans les deux pays, à sc préparer à la guerre, qui menaçait de sc propager par toute l’Europe; mais le congrès national de la Belgique, installé solennellement le 40 novembre, commença aussitôt une imposante discussion sur la forme de gouvernement 5 donner au pays ; cont quatre-vingt sept votants se prononcèrent pour la monarchie; treize seulement pour la république ; après de mémorables débats qui durèrent plusieurs jours, et qui mirent en présence les différents partis nés de la révolution, les membres de la famille d’Orangc- Nassau furent exclus de tout pouvoir, d perpétuité, en Betrjifjue : cette grande décision était prise à la majorité de cent soixanle-une voix contre vingtbuit. L’indépendance du peuple belge avait été proclamée auparavant par un vole unanime. Il ne restait donc plus’qu’à choisir le prince & qui serait offerte

la couronne de Belgique. Cette grave et délicate question raviva la lutte des partis et des ambitions : les républicains proposaient le duc de Leuchtcmberg, fils du prince Eugène; le parti belge ou national avait jeté tes yeux sur le comte Félix de Mérode ; le parti orangisle se tournait vers le prince Léopold de Saxe-Cobourg, poussé par l’Angleterre ; le parti français, le plus nombreux et le plus influent, inaugurait déjà dans ses espérances lo duc de Nemours, second fils du roi des Français. «La réunion de la Belgique à la France, avait dit lord Wellington à un envoyé du gouvernement provisoire belge, serait le signal d’une guerre européenne. — Si quelqu’un redoute la guerre, répondit fièrement l'ambassadeur de l’insurrection, ce ne sont pasles peuples, mais les rois. » Le parti de la réunion n’était pas moins impatient en France qu’en Belgique, et déjà, comme pour établir la fraternité des deux peuples, une légion française, commandée par le général Duvivier et do Poniécoulant, avait fait flotter le drapeau tricolore à côté du drapeau brabançon. Mais la guerre, la guerre générale pouvait encore sortir du choix d’un prince que le congrès de Bruxelles s’était réservé exclusivement et de la délimitation des frontières que la conférence de Londres prétendait fixer elle-même.

La révolution beige n’était pas la seule barrière que la Providence opposât aux hostilités de la Sainte-Allianee contre la monarchie de Juillet. L’esprit révolutionnaire, déchaîné par l’insurrection de Paris, grondait sourdement par toute l’Europe, et cependant l’empereur de Russie, inflexible dans ses résolutions, levait des troupes, ordonnait d’immenses apprêts de guerre, et mettait en mouvement l’avant-garde de son armée qui devait être sur les bords du Rhin au printemps. Louis-Philippe continuait ses obséquiosités épis— tolaires auprès des souverains, mais en même temps il favorisait secrètement la propagande des idées libérales à l’étranger : c’était un moyen tout naturel de donner le change aux projets menaçants des rois absolus, qu’il forçait ainsi de s’occuper de leurs propres affaires. Les républicains de France ne prêtaient que trop les mains à ces semences de révoltcquc des agents provocateurs avaient mission de répandre en Europe. La police délivrait des passe-ports, de l’argent et des armes à tousles coureurs d’aventures politiques à l'extérieur. On se débarrassait de la sorte d'une foule d’esprits inquiets et turbulents, que les glorieuses Journées avaient fanatisés et qui ne demandaient qu’à se précipiter dans la carrière ouverte des révolutions. Les sociétés secrètes fournirent des soldats et des chefs à ccs légions qui se formaient, sous les auspices du Palais-Royal et d’une fraction du ministère, pour révolutionner l’Espagne, l’Italie et l’Allemagne ; Paris vit sans regret partir les plus redoutables de scs héros. Mais avant l'arrivée de ces auxiliaires de la liberté, l’exemple seul delà France avait excité l’émulation des patriotes étrangers, et le cri d’insurrection, jeté parles Parisiens et répété presque aussitôt à Bruxelles, trouvait des échos dans plusieurs capitales. Dès le 7 septembre, le duc de Brunswick, qui avait défié ses sujets irrités de longue date contre lui, en faisant braquer

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des canons dans les rues de la ville, s’était vu assiégé dans son palais par le peuple et n’avait pas réussi facilement à se réfugier à Londres, pendant que son frère puîné prenait à sa place la régence du duché. Une sanglante émeute, peu de jours après celle de Brunswick, éclatait à Dresde, au cri de Vive la liberli! et au chant de la Marseillaise ; mais elle n’amenait aucun changement sérieux dans la constitution du royaume de Saxe. Toute l’Allemagne, dans son enthousiasme pour la Révolution de Paris, avait arboré un moment comme scs couleurs nationales, les couleurs du drapeau français, et la vue de ce drapeau tricolore éveillait dans les cœurs un généreux sentiment d’indépendance. La sagesse et la modération des gouvernements parvinrent néanmoins à contenir cette impatience do révolte; ils se gardèrent bien, à l’exception de l’empereur de Russie et du duc de Modène, de manifester des intentions aggressives contre la France, ce qui autorisait le ministre de l’intérieur, Guizot, à dire, du haut de la tribune (23 septembre), dans la chambre des députés : «La France approuve notre Révolution, mais elle l’observe avec réserve et peut-être avec méfiance; l'Europe aussi se souvient du passé, et des sociétés populaires, et des guerres de la République; l’Europe n’a pas plus que nous perdu la mémoire. • A l’heure même où le ministre de l’intérieur tenait ce langage, les républicains français, enrôlés, armés, soldés parlegouvernement, se réunissaient sur la frontière d’Espagne aux réfugiés espagnols qui venaient se mettre à la disposition de leurs généraux Valdèsel Mina; mais les représentationsénergiques du cabinet de Madrid obligèrent le gouvernement français à entraver l’expédition qu’il avait d’abord suscilécet protégée. Quand Valdès et Mina pénétrèrent avec quelques centaines d’hommes sur le territoire espagnol pour y proclamer la Constitution, ils furent accueillis si froidement par la population, si rudement par les milices provinciales, qu’ils abandonnèrent une tentative à laquelle ne s’attachait aucune sympathie et rentrèrent en France, après une campagne de quinze jours, pleine d’embûches et de trahisons. Ferdinand VH avait eu le temps, depuis l’intervention française de 1823, de rétablir sa royauté absolue assez solidement pour n'avoir rien à craindre des libéraux et des constitutionnels dans son royaume, il put à son tour menacer, d’une invasion légitimiste, les départements du midi de la France, et cette menace, qu’il n’avait pas intérêt é réaliser, changea complètement la politique de Louis-Philippe vis-à-vis de l'Espagne : les émigrés espagnols furent internés et surveillés. Le principal objet du gouvernement avait été atteint par la dispersion des volontaires parisiens : le plus grand nombre de ces volontaires forma un excellent corps de troupes, qu’on Ht passer en Algérie où le général Clausel était allé prendre le commandement en chef, à la place du maréchal Bourmont. La belle colonie, que la France devait à ses armes, eût été probablement évacuée, durant les premiers jours do l’oocupation, si le? graves événements qui surgirent de tous côtés en Europe, n'cussenl fait oublier cette conquête que convoitaient à la fois l’Angleterre, la Sardaigne et la Turquie. La guerre générale était encore suspendue ; le gou-

3'jO HISTOIRE DE FRANCE.

lentement français n'cut pas besoin de rappeler l’armée expéditionnaire, qui, non-seulement se fortitia dans Alger, niais encore qui s’empara successivement de Blidali, de Médéalt, de Bouc, d’Oran cl des poiuts les plus importants de la Hégence. Ces faits d’armes remarquables, par lesquels le nouveau gouverneur d’Alger sigualait sa préscuco en Afrique, passèrent inaperçus au milieu do l’émotion profonde que venait de produire la nouvelle de la révolution do Pologne. Celte révolution avait couvé longtemps duns les sociétés secrètes : la soir du iU novembre, l'Écoio militaire dus Enseignes, à Varsovie, se révolta, sous prétexte de délivrer quelques élèves que le grund-duc Constantin avait fait arrêter et auxquels il voulait faire donuer le knout, pour les punir d’avoir chanté des airs nationaux dans un banquet et porté un toast à la mémoire de Kosciusko. Ces jeunes gens pénétrèrent dans le palais du grandduc et firent main basse sur tous ses officiers. Constantiu n’eut que le temps de s’échapper, à moitié ivre, mais quand il so fut mis à la télé de huit à dix mille Russes ou Polouais qui lui étaient restés fidèles, l’insurrection, escortée du meurtre, de l’incendie et du pillage, avait envahi tous les quartiers de la ville aux cris de vive la liberté l vive la pairie I Le lendemain il sortit de Varsovie et se relira lentement hors de la Pologne qui s’insurgeait partout, A l'exemple de la capitale, l’ne administration provisoire polonaise, avait été formée sous la présidence du prince Adam Czarlorynski, que su popularité désignait ic premier à la confiance de ses concitoyens; le général Clopicki, un des membres de celle administration, fut appelé au commandement en chef des troupes cl il s'empara de la dictature que lui confirma le suffrage uuanime delà Diète. Ce général, formé à l’école de Napoléon, improvisa une armée polonaise et un gouvernement polonais; mais il ne songeait qu’à ressusciter uu royaume de Pologne à moitié russe : il essaya donc de négocier avec Conslautin d'abord, ensuite avec l’empereur Alexandre. Celui-ci, ennemi irréconciliable do toute révolution, uo voulut accepter aucune transaction nvoc la révolte de ses sujets : il rassembla scs armées et les dirigea sur U Pologue qui s’apprêtait à une résistance désespérée. Les yeux do l’Europe et ceux surtout de la Fronce, se tournèrent dés lors, avec sympathie, vers le théâtre loin tain de colle lutte héroiquo qu’allait soutenir la nation polonaise contre toutes les forces de l’empire russe : deux principes rivaux élaient en présence; d’un coté, t’nbsolulisme d’uu souveraiu ; de l’aulre, l’indépendance d’un peuple.

Avant que la nouvelle de la révolution polonaise parvint à Paris, les esprits y étaient préoccupés particulièrement do la question belge; la réunion de la France à la Belgiqucavait les sympathies du pays, el plusieurs fois, à la tribune de la chambre des députés, elle fut chaleureusement réclamée par les orateurs les plus populaires de 1a gauche. Louis-Philippe ue la désirait pas moins, depuis qu’il entrevoyait la possibilité de faire monter un doses fils sur le Irène de la Belgique ; mais il pressentait, do ia part de l’Angleterre, une opposition d’autant plus vive que lord Wellington avait demandé que les traités de 4 El 5

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